Ils aiment partager le théâtre en français

La Marche du Crabe, une compagnie de création de spectacles vivants, a animé des ateliers dans quatre écoles francophones de l’île pour donner aux jeunes des outils théâtraux à implémenter dans leurs vies quotidiennes, tout en les exposant à une culture en français qui dépasse les murs de l’école. Les écoles du Labrador doivent toujours attendre.

Jessica Tucker

IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur

La Marche du Crabe est une troupe de théâtre qui organise des spectacles vivants pour des jeunes. Issus de Montréal, chez eux ils tournent principalement dans des milieux défavorisés, animant des ateliers et des spectacles. Peu importe que les prestations se déroulent dans des écoles ou dans les ruelles de la ville, leur but est une performance intime. Ils veulent exposer les jeunes au théâtre et forger des liens communautaires.

Cette année la troupe s’intéressait à venir à Terre-Neuve-et-Labrador. Bien au courant des enjeux de langue parmi leurs spectateurs montréalais—qui sont souvent de nouveaux arrivants et enfants d’immigrants—la troupe a facilement compris la situation minoritaire linguistique des élèves francophones de la province. Une voie de communication est ainsi ouverte entre Sandy Bessette, codirectrice de la troupe, et Sophie Gauthier du Conseil scolaire francophone provincial (CSFP).

Sophie, agente en construction identitaire au sein du CSFP, explique que son rôle, entre autres, est «d’incorporer des expériences culturelles dans le curriculum scolaire afin d’aider des jeunes à développer leur identité francophone». Simplement dit, c’est un travail de fée marraine: elle veut connaître les rêves des écoles afin de les rendre réalité. C’est alors avec grand plaisir que la magie que crée La Marche du Crabe lors de leurs représentations a été accueillie.

La série d’ateliers s’est déroulée le 23 et 24 septembre dans la capitale et le 26 et 27 sur la péninsule Port-au-Port. Le projet, collaboration entre La Marche du Crabe, le CSFP, le Centre de la petite enfance et famille «Les p'tits cerfs-volants» et le Réseau culturel francophone de Terre-Neuve-et-Labrador, a été financé par Patrimoine canadien et le Conseil des arts et des lettres du Québec.

Jouer pour cultiver sa confiance en soi

Les ateliers sont déroulés le long de la journée scolaire, où les jeunes étaient invités à jouer, à bouger leurs corps, à apprendre comment s’exprimer avec le son et le geste. Le but de chaque atelier est de ne pas avoir peur de se planter, afin de cultiver sa confiance en soi. «C’est pas suivre les règles des jeux qui est important», insiste le codirecteur Simon Fournier. «C’est en les brisant qu’on découvre le théâtre», dit-il. Les élèves sautaient comme des grenouilles, donnaient des caractéristiques imaginaires à un tube en carton, se mettaient debout et prononçaient leur nom, entre autres activités. La concentration des élèves était captivante; tout le monde voulait participer et contribuer aux jeux.

Le tout a conclu avec une présentation d’une pièce de la troupe, Amarelinha. Son intrigue suit des amis qui ont grandi ensemble. Ils sont en train de jouer dans la ruelle quand une nouvelle fille les rejoint et on l’invite à jouer. La suite est un carrefour entre l’imagination effrénée des amis et la douleur d’une jeunesse interrompue par la maladie. La performance a été très bien reçue, par les élèves et les enseignants également.

Pour la première fois dans un cadre formel, la troupe a également organisé une formation professionnelle ouverte aux artistes et aux enseignants de la province afin de partager leur démarche, comment ils abordent le théâtre comme outil didactique. Les participants ont fait une table ronde avec la troupe, posant des questions au sujet de comment implémenter le théâtre dans des situations différentes tandis que chaque membre répondait dans le contexte de sa propre formation.

Des artistes d’ailleurs pour inspirer de l’art ici

Sophie Gauthier espère pouvoir offrir davantage d'occasions pareils aux élèves francophones de la province et souhaite mieux toucher les communautés. Son rêve est d’avoir des personnes formées dans plusieurs métiers à l'intérieur des frontières de la province au lieu de falloir les chercher ailleurs.

Entretemps, il faut profiter des talents hors province. Or, faire venir des artistes d’ailleurs du pays dans les régions isolées de la province coûte parfois cher. Profitant d'un déplacement subventionné, la troupe n’a pas eu assez de financement pour faire la tournée de toutes les écoles francophones de la province. L’École ENVOL à Labrador City et l’École Boréale à Happy Valley-Goose Bay n’ont pas pu bénéficier de la tournée artistique.

Les organisateurs continuent d’ailleurs de lutter pour le financement pour présenter leurs ateliers et spectacles dans le Big Land. «Nous allons recontacter le gouvernement fédéral», affirme Sandy Bessette, visant organiser les ateliers avant la fin de l’année.

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Photo: La Marche du Crabe - Jessica Tucker

Photo: Jessica Tucker

Caption: La Marche du Crabe. De gauche à droite: Solo Fugère, Simon Fournier, Mélanie Cullin, Sandy Bessette, Jonathan Hardy, Xavier Malo.

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  • Date de création 7 octobre, 2024
  • Dernière mise à jour 3 octobre, 2024
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