Le moment Montfort dans la francophonie canadienne: un livre d’analyse
En février 1997, le gouvernement ontarien annonçait la fermeture de l’Hôpital Montfort à Ottawa. Cette décision provinciale avait secoué les communautés francophones à travers la province, mais aussi celles à travers le pays. Près de 30 ans plus tard, une dizaine de chercheurs et d’experts universitaires ont rédigé un livre d’analyse de ce moment qui a marqué l’histoire de la francophonie canadienne.
Chantallya Louis, IJL - Réseau.Presse - Le Droit
Le livre paru, plus tôt ce mois-ci, de l’édition Les Presses de l’Université d’Ottawa présente huit chapitres qui traitent des aspects différents de la crise, souvent peu connus du grand public.
Par exemple, l’attitude des médias anglophones versus l’attitude de ceux francophones de la région, les débats entre les communautés francophones de la région et celle du Nord, les conséquences juridiques de la crise Montfort, etc.
Le Droit s’est entretenu avec le codirecteur de recherche François Charbonneau.
Ce qu’on a voulu, c’est d’ajouter de l’information et comprendre des dynamiques. On fait ça avec un chapeau d’universitaire, c’est-à-dire que quand on fait du travail savant, on essaie de comprendre ce qui s’est produit avec les méthodes de chacune de nos disciplines.
Dans l’équipe, on a des historiens, des géographes, dans mon cas je fais de la philosophie politique, mon collègue Michel Bock est un historien, donc on essaie d’appréhender l’événement par tous les différents points de vue.
LD: Pourquoi est-ce important de mettre en lumière les différentes dynamiques qu’a engendrées la crise Montfort?
François Charbonneau: Il y a deux choses importantes ici : la première, c’est que c’est un événement qui a fait date, mais aussi de manière aussi importante, je dirais, ça a eu un impact significatif dans la dynamique d’intervention du gouvernement fédéral, notamment en francophonie canadienne. Tout ça est détaillé dans le livre.
Par exemple, après 1997, le gouvernement fédéral a commencé à intervenir de manière marquée dans la francophonie canadienne. On le voit dans son financement, dans la création du consortium national de formation en santé pour former des médecins et des infirmières francophones, ou encore le fédéral propose une enveloppe à l’hôpital Montfort pour en faire un hôpital qui accueille les vétérans.
Donc, il y a eu toute une dynamique d’investissement que la part du gouvernement fédéral et c’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
LD: À la suite de vos recherches, quelle analyse faites-vous de la dynamique anglophone-francophone au Canada?
François Charbonneau: Il y a des anglophones qui étaient solidaires de la situation des francophones en Ontario, notamment des anglophones québécois, pour des raisons qui ont probablement autant à voir avec leur volonté à eux d’avoir des services en anglais du côté québécois.
Mais très largement, les francophones ont été solidaires de Montfort, alors que dans l’ensemble, les anglophones canadiens ont perçu l’affaire Montfort, essentiellement comme du caprice privilégié.
Il faut comprendre - on l’explique très bien dans le livre – que ce n’est pas que le gouvernement de l’Ontario a simplement décidé de fermer cet hôpital, il a demandé à une commission de restructuration de repenser les services de santé en Ontario et ils ont décidé de fermer une trentaine d’hôpitaux à travers la province. Donc les anglophones ne comprenaient pas pourquoi les francophones tenaient tant à cet hôpital surtout qu’on leur disait que les services vont maintenant être dans un hôpital beaucoup plus grand et bilingue.
Il y a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de violences verbales et de mépris qui s’est rendu jusque dans les journaux anglophones, principalement ceux de l’Ontario.
LD: Qu’est-ce que vous pensez que les lecteurs tireront de ce livre?
François Charbonneau: J’espère que les gens vont être convaincus, après avoir lu le livre, de l’importance de ce moment-là. Quand on y réfléchit, c’est très surprenant que quelque chose comme ça ait pu avoir un impact aussi important.
Ce que je veux dire par là, c’est que si vous regardez à l’international, vous allez trouver peu d’exemples d’une communauté, presque dans son entièreté qui se mobilise pour sauver un seul hôpital dans une seule région.
Ce qui est surprenant de cette crise-là après tout, c’est que le gouvernement ontarien proposait à l’époque d’offrir les mêmes services, mais dans un grand hôpital bilingue. Dans plein d’endroits du monde, les gens auraient dit, c’est logique, on va continuer à avoir des services, c’est juste que ça va être dans une nouvelle forme.
Ça nous dit quelque chose de la communauté francophone qui n’a pas très bien été servie par le bilinguisme ou des institutions bilingues. En fait, c’est un moment qui démonte que — au moins à cette époque-là, il faudrait voir si c’est encore le cas aujourd’hui — pour ceux qui le français est une langue identitaire au Canada préfèrent des institutions à eux.
Quand vous avez des Acadiens qui envoient des lettres d’appui, des Québécois qui se mobilisent, quand vous avez des personnes qui aucun d’eux ne mettront les pieds dans l’Hôpital Montfort, mais ce combat avaient un sens pour beaucoup d’entre, spécialement ceux de l’Ouest canadien, parce que le fait est que, dans des institutions bilingues, la réalité du fait français est pitoyable.
Moment Montfort_François Charbonneau_Cr. Courtoisie : Marcel Martel, Serge Miville, François-Olivier Dorais, Marie-Claude Thifault, Pierre Foucher, Mariève Forest, Anne Gilbert et Louise Bouchard ont contribué à la rédaction du livre Le moment Montfort dans la francophonie canadienne, sous la direction de François Charbonneau et Michel Bock. (Les Presses de l'Université d'Ottawa)
Moment Montfort_François Charbonneau_Cr. Courtoisie : François Charbonneau est professeur agrégé à l'Université d'Ottawa et se spécialise dans la philosophie politique et la francophonie canadienne. (Courtoisie Courtoisie/Courtoisie, Les Presses de l'Université d'Ottawa)
Moment Montfort_Michel Bock_Cr. Courtoisie : Michel Bock a codirigé le livre d’analyse de la maison d’édition Les Presses de l’Université d’Ottawa, Le moment Montfort de la francophonie canadienne. (Courtoisie Courtoisie)
Photo archive_Montfort_Cr. Archives Le Droit : Grand Ralliement de SOS Montfort au Centre municipal d’Ottawa le 22 mars 1997. (Archives Le Droit)
Gisèle Lalonde_Montfort_Cr. Archives Patrick Woodbury Le Droit : Gisèle Lalonde, alors présidente de S.O.S Montfort. (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)
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- Date de création 25 septembre, 2024
- Dernière mise à jour 25 septembre, 2024