Le gouvernement Ford appelé à financer le dépistage du cancer de la prostate

Trois hommes. Trois horizons. Un combat: le cancer de la prostate.

_______________________ 

Émilie Gougeon-Pelletier

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

Trois hommes provenant de différents horizons de l’Ontario se sont rendus à Queen’s Park, cette semaine, pour demander au gouvernement Ford de faire en sorte que le test de l’antigène prostatique spécifique (APS) soit entièrement couvert par le Régime d’assurance-santé de l’Ontario.

Ce test est la meilleure méthode pour déceler le cancer de la prostate, mais il peut aussi produire de faux résultats, selon la Société canadienne du cancer.

C’est pourquoi l’Ontario ne couvre pas systématiquement son coût.

«Si je suis encore ici aujourd’hui, c’est uniquement parce que mon père est décédé d’un cancer de la prostate», a révélé Anthony Henry.

Le diagnostic de son père l’a incité, lui et trois autres membres de sa famille, à subir des examens de dépistage. «Nous avons pu détecter notre cancer de la prostate. Nous avons été traités, j’ai été opéré en juin», affirme-t-il.

Le cancer de la prostate est deux fois plus mortel chez les hommes noirs.

Président de la Fondation Walnut, un groupe qui soutient les hommes noirs dans le domaine de la santé, Anthony Henry note que des hommes atteints «d’un cancer de la prostate avancé» font souvent appel à son organisme.

«C’est parce que les étapes ne sont pas suivies. Mais ce problème pourrait être réglé si on arrête de les faire payer.»

—  Anthony Henry

Le médecin et son patient

L’an dernier seulement, près de 26 000 Canadiens ont reçu un diagnostic de cette maladie, selon l’Institut de recherche Terry Fox.

Le Dr Anthony Dixon en sait quelque chose. Lui-même atteint du cancer de la prostate, il a raconté avoir traité un patient qui avait d’importantes douleurs au dos, il y a quelques semaines, à l’urgence.

«Il n’avait aucune blessure pouvant expliquer sa douleur. Après plusieurs tests différents, il est devenu évident que la douleur dans son dos était causée par un cancer grave des os, et ce cancer s’est propagé à partir d’un cancer de la prostate non diagnostiqué auparavant», affirme l’urgentologue.

«Il pleurait quand je lui ai dit qu’il était atteint d’un cancer de la prostate métastatique avancé et qu’il était confronté à la réalité d’une maladie en phase terminale.»

—  Dr Anthony Dixon

Lorsque le Dr Dixon a demandé au patient s’il avait déjà reçu un test PSA, l’homme a répondu que son médecin l’avait recommandé, il y a cinq ans, mais qu’il n’avait pas les 40$ nécessaires pour s’y soumettre.

«La seule différence entre son histoire et la mienne, c’est qu’il y a cinq ans, moi, j’avais 40$ dans ma poche arrière», déplore le médecin.

La mairesse et son conjoint

Marianne Meed et Peter Ward s’apprêtaient à célébrer leur 30e anniversaire de mariage. Quelques jours plus tôt, celui-ci s’est rendu chez son médecin pour des tests liés aux taux de sucre et de cholestérol.

«Mon médecin m’a dit: ‘Pendant que nous y sommes, pourquoi ne ferions-nous pas un test PSA. Mais il y a des frais de 39$. Le voulez-vous quand même?’ J’avais une vague idée de l’utilité de ce test, mais le fait que ce test soit payant m’a fait penser que ce n’était pas si important», se souvient Peter Ward.

Ce dernier a tout de même fini par accepter, se disant: «Ah! Pourquoi pas?».

Les résultats de son test se sont avérés extrêmement élevés.

«Ce sont les ‘et si’ qui me tiennent éveillée la nuit», souligne sa femme, Marianne Meed Ward, la mairesse de Burlington, une petite municipalité ontarienne au nord de Hamilton.

«Et s’il n’avait pas dit oui à ce test? Je connais mon mari, et s’il sent qu’il n’a pas besoin de dépenser de l’argent pour rien, il ne le fait pas. Et il se sentait bien, sans symptômes»

—  Marianne Meed Ward

Avec le plaidoyer de son mari, la politicienne espère pouvoir convaincre le gouvernement Ford de cesser de faire payer les Ontariens pour ce test.

Élan de collaboration

Dans une rare démonstration de coopération, les partis d’opposition se sont tous rassemblés à Queen’s Park, aux côtés de ces trois hommes, Anthony Henry, Anthony Dixon et Peter Ward, pour relancer le gouvernement Ford à propos du financement du dépistage du cancer de la prostate.

Le néo-démocrate Wayne Gates, dont le cheval de bataille est le dépistage du cancer de la prostate, a déposé une motion en ce sens en 2019, en 2020 et en 2023.

La motion vise à étendre la couverture de l’Assurance-santé de l’Ontario pour le test PSA lorsque le patient est référé par un professionnel de la santé. À l’heure actuelle, huit autres provinces couvrent ce test.

Les libéraux et le Parti vert de l’Ontario appuient le député du NPD dans ses démarches.

La science aux experts, pas aux politiciens

La ministre de la Santé Sylvia Jones a rétorqué au fil des ans qu’elle préférait laisser «la science aux experts, pas aux politiciens».

Le Droit a demandé au ministère de la Santé si l’appel d’Anthony Henry, d’Anthony Dixon et de Peter Ward l’avait convaincu de changer son fusil d’épaule.

Une porte-parole, Hannah Jensen, nous a fait savoir que non.

«Les tests de dépistage du cancer héréditaire en Ontario sont financés par l’État pour les personnes admissibles, sur la base de directives fondées sur des données probantes élaborées par Santé Ontario», a-t-elle indiqué par courriel.

Le ministère indique que les tests de l’APS sont couverts par l’Assurance-santé de l’Ontario pour les personnes qui répondent aux critères d’admissibilité.

Ceux-ci comprennent ceux qui ont déjà reçu un diagnostic et qui doivent effectuer un suivi à la suite de leur traitement, ceux qui ont consulté un professionnel de la santé qui soupçonne la présence d’un cancer de la prostate en raison des antécédents de la personne ou qui ont reçu un examen physique, y compris un toucher rectal.

«Le test de l’APS n’est pas un test de dépistage destiné à la population générale en raison de la prévalence des faux positifs générés par cet outil de dépistage», réitère la province.

N’empêche, «c’est le gros bon sens de faire le test PSA, c’est une étape vraiment très importante pour comprendre la santé de la prostate et diagnostiquer ce cancer», soutient le membre de la direction de la Société canadienne du cancer, le Dr Stuart Edmonds, qui était lui aussi présent à Queen’s Park pour demander au gouvernement d’accepter leur demande.

-30- 

 

Photos 

  • Les trois partis d'opposition au gouvernement ontarien se sont rassemblés à Queen's Park, lundi, aux côtés de trois hommes atteints du cancer de la prostate. (Émilie Gougeon-Pelletier)
  • Nombre de fichiers 2
  • Date de création 20 septembre, 2024
  • Dernière mise à jour 20 septembre, 2024
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article