L’industrie acéricole en a assez de se battre contre le gouvernement
L’insatisfaction quant à la façon dont s’est conclu le processus d’attribution de nouvelles allocations d’hectares sur les terres de la Couronne a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase chez les acériculteurs du Nouveau-Brunswick (AANB). L’Association acéricole demande au gouvernement d’arrêter de les considérer comme une industrie de troisième ordre.
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Bobby Therrien
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle
C’est au cours d’une assemblée spéciale organisée par le conseil d’administration de l’AANB le 29 août, à Saint-Quentin, que les membres ont pu faire part de leurs interrogations et inquiétudes quant à l’avenir de leur industrie.
«On a toujours été un peu silencieux. On acceptait de collaborer et, parfois, de ravaler notre salive, même si on trouvait la situation frustrante. Mais là, on a vécu un processus qui a été complètement différent de ce que l’on nous avait annoncé et ç’a été l’aboutissement d’années de frustrations. En plus, il y a des élections qui s’en viennent alors les partis politiques sont plus enclins à écouter ce que l’on a à dire et à prendre position», a résumé le président de l’Association acéricole du Nouveau-Brunswick, Frédérick Dion.
L’Association a profité de l’occasion pour formuler des demandes d’engagements concrets de la part des partis politiques à quelques semaines du déclenchement des élections. Ces demandes se sont articulées autour de sept résolutions visant à rectifier des problématiques qui, selon l’AANB, freinent le développement de l’industrie acéricole.
L’organisme a d’abord demandé au gouvernement du Nouveau-Brunswick de décréter immédiatement un moratoire pour la protection intégrale des peuplements à haute densité d’érable sur les terres de la Couronne dans lesquels ont permet actuellement à l’industrie forestière de récolter du bois.
En 2025, la superficie des terres de la Couronne allouée pour l’exploitation acéricole s’élève à 19 500 hectares, ce qui représente, selon l’Association acéricole, 0,7% de la superficie totale. L’AANB juge que le potentiel acéricole des terres de la Couronne serait d’environ 166 000 hectares, soit 5% de la superficie totale.
«C’est l’avenir de notre industrie qui se joue présentement. C’est certain que pour les producteurs qui ont un développement à proximité et qui ont dépensé de l’argent pour préparer un plan d’affaires c’est encore plus urgent, mais, dans l’ensemble, on veut avoir ce moratoire pour que notre vision se concrétise. Ça commence par la préservation des peuplements (d’érable)», a expliqué le président de l’Association acéricole du Nouveau-Brunswick.
Selon M. Dion, l’industrie acéricole du Nouveau-Brunswick crée des centaines d’emplois et génère des retombées économiques de près de 40 millions $ annuellement.
Il a aussi cité l’étude des économistes Pierre-Marcel Desjardins et André Leclerc publiée en 2024 qui stipule que l’industrie acéricole crée davantage d’emplois et de retombées économiques que l’industrie du bois de sciage des feuillus pour l’exploitation de superficies de territoire identiques.
«Le territoire est pourtant tout à elle (industrie du bois). Nous, on est toujours en train d’essayer de gratter pour retirer quelque chose de ce territoire et en faire de la production acéricole, mais on ne le protège pas, car les règles changent au gré du temps.»
Pour un des propriétaires de l’érablière Les Sirops d’Acadie, André Frenette, l’objectif est d’assurer, certes, la survie de l’industrie acéricole, mais aussi le développement durable par une utilisation plus diversifiée des forêts.
«On fait partie de cette utilisation diversifiée, mais on n’a pas encore cette reconnaissance. Le système de gestion des terres publiques n’inclut pas l’industrie acéricole (…) Nous ne sommes pas contre l’industrie forestière, mais on ne demande qu’une petite partie.»
L’AANB a également exprimé son mécontentement envers le processus d’appel d’offres pour l’attribution des nouvelles allocations sur les terres de la Couronne. En juillet 2023, Fredericton avait annoncé l’ajout de 5000 hectares supplémentaires destinés au développement de l’industrie acéricole.
L’Association juge que le gouvernement provincial n’a attribué que 2850 des 5000 hectares annoncés. Environ 1000 hectares ont été réservés pour les petites parcelles, alors que 1150 hectares ont été alloués aux Premières Nations. La province a également imposé une limite de 200 hectares par producteur.
«Nous ne sommes pas contre ces principes, mais on ne nous a jamais parlé de ça. On a modifié le processus en cours de route et personne n’en a été informé. On veut des réponses», a mentionné Frédérick Dion qui dénonce un manque flagrant de transparence et de communication de la part du gouvernement. «Il faut arrêter de nous traiter comme une industrie marginale (…) Il faut que cette culture change.»
«Confusion, méfiance et frustration»
Selon M. Dion, de nombreux producteurs et aspirants producteurs ont investi, en moyenne, de 25 000$ à 30 000$ pour préparer leurs demandes et répondre aux exigences de la province. Des 53 demandes admissibles, le ministère des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie n’en a retenu que 27.
«Il y a des producteurs, à qui on a dit qu’ils se qualifiaient, qui se trouvent aujourd’hui sans aucune allocation. Ils ne savent pas pourquoi et ils ont besoin d’avoir des réponses (…) Le manque de transparence, ça crée de la confusion, de la méfiance et de la frustration.»
Même les producteurs qui ont obtenu de nouveaux hectares ne peuvent les développer en raison d’une obligation d’obtenir un arpentage officiel.
Céleste Laporte et Jean-Daniel Dufour de l’érablière La feuille dorée, à Saint-Quentin, ont obtenu une vingtaine d’hectares de plus. Ils estiment toutefois que ce qui a été obtenu globalement est minime par rapport au potentiel acéricole au Nouveau-Brunswick.
«On demandait 12 000 hectares au départ et on n’en a obtenu que 5000. Si on avait accepté toutes les demandes qui respectaient les critères, il aurait fallu accorder un peu plus de 7700 hectares ce qui demeure acceptable», a mentionné M. Dufour.
«Vingt hectares, ce n’est pas énorme, mais il a quand même fallu faire toute la paperasse pour faire la grosse demande avec les gros frais. On est content de notre côté, mais on est triste pour ceux qui n’ont pas été retenus et qui n’ont pas de réponses (…) S’il faut qu’ils attendent 10 ans pour avoir une autre opportunité, c’est certain que ça freine la croissance», a ajouté Mme Laporte.
Pour l’instant, le couple ne peut même pas aménager le territoire supplémentaire. Il devra vraisemblablement faire une croix sur ce nouveau développement en 2025.
En plus d’obtenir des réponses à leurs questions, les membres de l’AANB souhaitent que le gouvernement accorde des hectares aux 26 autres propositions qui respectent les critères.
L’Association a aussi demandé que les résultats des évaluations des soumissions soient dévoilés aux participants qui en font la demande, conformément à la réglementation sur la passation des marchés publics.
Un avis juridique sera même demandé par l’Association afin de voir si le processus de demandes de propositions pour obtenir des hectares de terres de la Couronne s’est déroulé dans les règles de l’art.
Finalement, l’AANB demande la création d’une division spécifiquement dédiée à l’industrie acéricole au sein du ministère des Ressources naturelles et du Développement de l’Énergie.
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Photo : Plusieurs membres de l’industrie acéricole du Nouveau-Brunswick ont pris part à la réunion de l’Association acéricole, jeudi, à Saint-Quentin. - Acadie Nouvelle: Bobby Therrien
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- Date de création 2 septembre, 2024
- Dernière mise à jour 2 septembre, 2024