Lock-out ferroviaire: possibles avis d’ébullition d’eau à venir?

L’interruption du trafic de marchandises sur les chemins de fer des deux plus grandes compagnies ferroviaires du pays pourrait donner lieu à des avis d’ébullition de l’eau à travers le Canada et les États-Unis, selon des organismes porte-parole de l’industrie des produits chimiques.

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Émilie Gougeon-Pelletier

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

La Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) et le Canadian Pacifique Kansas City (CPKC) ont mis en lock-out 9 300 de leurs employés, jeudi à minuit.

Le transport de marchandises commerciales, d’une valeur d’environ un milliard de dollars, a ainsi été interrompu, de même que le transport des dizaines de milliers de personnes qui empruntent les réseaux de trains de banlieues de Toronto, de Montréal et de Vancouver.

Mais des organismes porte-parole de l’industrie des produits chimiques ont tiré la sonnette d’alarme concernant un besoin humain essentiel qui pourrait aussi être en jeu: l’eau potable.

«Le chlore est considéré comme une matière dangereuse, et est hautement réglementé», avance la vice-présidente politique de l’Association canadienne de l’industrie de la chimie (ACIC), Isabelle Deschênes.

Au Canada, 96 % de la population consomme l’eau provenant des municipalités, qui utilisent cette matière dangereuse pour traiter l’eau potable.

«On peut seulement transporter le chlore de façon sécuritaire via les wagons, et on n’a pas le droit de le transporter dans des camions, parce que c’est trop dangereux. En prévision du lockout, les compagnies ferroviaires ont arrêté le transport du chlore, la semaine dernière, pour s’assurer qu’on ne laisse pas des wagons pleins de chlore sur les chemins de fer», poursuit Isabelle Deschênes, en entrevue avec Le Droit.

Les municipalités disposent d’un stock d’une durée maximale de deux semaines, par mesure de sécurité, explique-t-elle.

Ainsi, la réduction des stocks dans les villes nord-américaines a commencé il y a une semaine, et ses impacts pourraient être ressentis d’ici une semaine.

Isabelle Deschênes affirme que l’ACIC a rencontré «plusieurs membres du gouvernement fédéral au cours des derniers jours pour leur faire comprendre qu’il faut agir de façon urgente».

Ottawa se dit prête

Certaines villes canadiennes se sont préparées face à une potentielle pénurie de produits chimiques.

À Ottawa, la municipalité dit collaborer «étroitement avec ses fournisseurs de produits chimiques afin de comprendre les répercussions potentielles sur la chaîne d’approvisionnement en cas de grève».

La Ville d’Ottawa ne prévoit pas d’interruption de l’approvisionnement en produits chimiques de ses installations d’épuration des eaux et de traitement des eaux usées, a fait savoir la directrice des Services de gestion et de traitement de l’eau, Gen Nielsen.

Elle affirme que ses échanges avec les fournisseurs ont «permis de déterminer que d’autres méthodes de transport étaient possibles», et que la Ville surveille la situation de près.

Les États-Unis aussi affectés

Or, les municipalités du Canada ne seraient pas les seules à vivre une telle situation.

«La fermeture du réseau ferroviaire canadien entraînera des pénuries d’approvisionnement en produits vitaux tels que les produits chimiques de traitement de l’eau potable, le carburant et les produits agricoles aux États-Unis», a prévenu jeudi l’American Chemistry Council (ACC), l’organisme homologue de l’ACIC.

«Et une interruption prolongée pourrait entraîner des dommages importants et généralisés qui se répercuteront dans toute l’Amérique du Nord», a fait savoir l’association américaine.

Les chaînes d’approvisionnement américaines, notamment au Texas, en Louisiane, en Pennsylavie et dans l’État de New York, sont dépendantes de fournisseurs canadiens qui transportent leurs biens via rail.

Ces réseaux d’approvisionnement en produits chimiques entre le Canada et les États-Unis sont étroitement liés.

L’an dernier, les entreprises américaines ont vendu pour plus de 28 milliards de dollars de ces produits à des clients canadiens, et le Canada exporte environ 25 milliards de dollars de produits chimiques à son voisin du sud, chaque année, selon l’ACC.

Doug Ford espère la fin rapide du lock-out ferroviare

Cette interruption du trafic de marchandises sur les chemins de fer des deux plus grandes compagnies ferroviaires du pays inquiète le premier ministre ontarien Doug Ford.

Celui-ci estime que cette fermeture «coûte déjà cher aux travailleurs, aux usagers du transport en commun et aux entreprises de tout le pays».

Ces deux entreprises transportent chaque jour des marchandises d’une valeur combinée d’un milliard de dollars, selon l’Association des chemins de fer du Canada.

Quelques heures seulement s’étaient écoulées depuis l’interruption de ces services lorsque Doug Ford s’est pressé de déclarer, sur le réseau X (anciennement Twitter), que «nous ne pouvons pas nous permettre de laisser la situation empirer».

«Les employeurs et les dirigeants syndicaux doivent retourner à la table des négociations immédiatement afin de parvenir à une entente équitable pour mettre fin à cette fermeture et permettre à nouveau aux personnes et aux marchandises de circuler», a-t-il soutenu.

L’ensemble des chemins de fer canadiens permettent le transport d’environ 350 milliards de dollars de marchandises chaque année, et 70 milliards de ces marchandises proviennent des chemins de fer de l’Ontario, selon l’Association des chemins de fer du Canada.

Intervention du fédéral

Le ministre fédéral du Travail Steve Mackinnon a annoncé, jeudi après-midi, qu’il soumet les deux entreprises ferroviaires et le syndicat Teamsters, qui représente les travailleurs, à un arbitrage exécutoire.

Il s’est dit «très confient» que cette mesure devrait mettre fin à l’interruption des services «rapidement», «pas plus que deux jours, probablement».

La Chambre de commerce de l’Ontario avait demandé au gouvernement fédéral, plus tôt jeudi, d’intervenir pour limiter les impacts de cette interruption des services.

«Nous demandons au gouvernement du Canada d’intervenir immédiatement, en explorant toutes les options à sa disposition pour limiter l’impact de cette interruption», a indiqué le PDG de la Chambre de commerce de l’Ontario, Daniel Tisch.

«Le rail étant le principal moyen de transport de marchandises d’une valeur de 380 milliards de dollars chaque année, cet arrêt mettra en péril les chaînes d’approvisionnement essentielles en aliments, en automobiles et en matériaux de construction, ce qui coûtera à l’économie des millions de dollars par jour», selon Daniel Tisch.

Celui-ci note que les partenaires commerciaux internationaux considèrent l’Ontario et le Canada «comme une source de minéraux essentiels, de ressources énergétiques et plus encore».

Le 9 août dernier, la Chambre de commerce du Canada avait envoyé une lettre conjointe à Ottawa pour demander aux ministres responsables «d’intervenir immédiatement et de faire tout ce qui est nécessaire pour éviter une interruption de travail dans les chemins de fer».

La Chambre de commerce du Canada a prévenu le gouvernement fédéral qu’un arrêt de travail dans les deux grandes compagnies ferroviaires réduirait l’accès à «un très grand nombre de biens et produits, ce qui entraînera une hausse des prix et [aggraverait] les problèmes d’abordabilité».

Elle disait aussi qu’une telle perturbation aurait «une répercussion immédiate sur des milliers d’entreprises d’un océan à l’autre», et que «notre réputation internationale et nos relations avec nos partenaires commerciaux sont également en jeu».

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  • Date de création 22 août, 2024
  • Dernière mise à jour 22 août, 2024
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