Recul du bio: « L’Ontario doit faire sa juste part »
La production de fruits et de légumes certifiés biologiques a connu une baisse au Canada en 2023. Selon un rapport de Statistiques Canada publié cette semaine, la production de fruits biologiques a reculé du tiers par rapport à 2022 et la valeur à la ferme de la production de fruits et de légumes certifiés biologiques a diminué de 11,1% l’an dernier.
Jean-Marc Dufresne
IJL – Réseau.Presse – Agricom
« On peut attribuer une partie de la baisse aux conditions météorologiques défavorables observées dans des provinces clés: trop de pluies dans l’Est et la sécheresse dans l’Ouest », explique l’analyste à la section Agriculture de Statistiques Canada, Serge Desroches.
L’Ontario traîne de la patte
Au Québec, l’industrie du bio est réglementée depuis le début des années 2000; un programme d’aide financière a aussi été mis en place en 2015 afin d’aider les agriculteurs à faire la transition vers le bio certifié. Or, il n’existe rien de comparable en Ontario.
« L’Ontario n’encadre pas l’agriculture biologique, n’importe quel cultivateur peut se déclarer bio si ses produits se vendent à l’intérieur de la province », indique M. Desroches. « Il n’y a pas non plus d’incitatif financier provincial pour favoriser la transition. L’Ontario doit faire sa part pour que le Canada puisse diminuer ses importations », conclut-il.
Directrice générale du Conseil biologique de l’Ontario, Carolyn Young abonde dans le même sens. « Ça fait des années qu’on demande aux différents gouvernements de l’Ontario une réglementation pour encadrer la culture bio. Malgré un soutien de politiciens de différents partis, la réponse est toujours non », dit-elle.
« Pour eux, il n’existe pas de données montrant combien d’agriculteurs se proclament bio sans certification. Aussi, le gouvernement doit déterminer le coût d’implantation d’un tel encadrement et voir comment les agriculteurs l’accueilleront, sans compter un possible chevauchement avec le mandat existant de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Pourtant, la formule existe au Québec, on pourrait s’en inspirer. »
Selon Mme Young, la période de transition entre l’agriculture traditionnelle et le passage à une certification biologique nécessite un soutien financier de l'État. « Habituellement, il faut que la terre soit deux à trois ans sans engrais chimiques ni pesticides avant d’obtenir la certification bio. Cette période engendre des coûts de main-d'œuvre supplémentaires pour le producteur. »
L’Ontario fait bande à part
À la Fédération biologique du Canada, la coordonnatrice Nicole Boudreau ne se dit pas surprise de voir l’Ontario parmi les cancres au pays: « Dans tout le pays, on ne compte que l’Ontario, Terre-Neuve et la Saskatchewan qui n’ont pas d’encadrement de l’agriculture bio. L’Ontario voit le bio comme une marque de commerce et pas comme un élément à considérer dans une politique plus large de développement durable. On ne veut pas réglementer une marque de commerce. »
Il n’en reste pas moins que les changements climatiques doivent forcer une réflexion sur la capacité du Canada à développer l’autosuffisance alimentaire. « Les grandes chaînes veulent un approvisionnement à l’année en fruits et légumes et c’est souvent moins cher pour elles d’importer un produit du Mexique que d'acheter local. »
Mme Boudreau croit également que l’Ontario ne dispose pas d’un réseau développé dans l’accompagnement professionnel aux agriculteurs bio, contrairement à ce qu’on trouve ailleurs au pays. « Juste à Victoriaville, le Cégep a développé un centre d’expertise en culture biologique. L’Ontario a encore beaucoup à faire. »
Pour commencer
Carolyn Young croit que le gouvernement ontarien apporte un certain soutien aux agriculteurs bio, mais qu’il pourrait en faire plus: « Outre l’implantation d’une réglementation officielle encadrant l’appellation biologique et l’aide financière à la transition, on doit aussi prévoir un soutien à la formation d’agronomes et fixer des cibles à atteindre. Présentement, la demande pour des fruits et légumes bio excède largement l’offre ce qui fait qu’on importe beaucoup de produits qu’on serait en mesure de cultiver nous-mêmes. »
Il existe une campagne Ontario Organic faisant la promotion des fruits et légumes bio vendus localement, mais c’est une création du Conseil biologique de l’Ontario qui n’est pas un programme de certification comme tel.
« Le Canada produit 35% des fruits et légumes qu’il consomme », souligne Serge Desroches. « Il faut voir s’il est réaliste de penser qu’on peut devenir autosuffisants. »
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Légende photo 1 : L'agriculture connaît un recul au Canada.
Légende photo 2 : Carolyn Young aimerait voir le gouvernement de l'Ontario encadrer la culture de fruits et légumes bio.
Légende photo 3 : Selon Nicole Boudreau, l'Ontario voit le bio comme une simple marque de commerce.
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- Date de création 17 juillet, 2024
- Dernière mise à jour 26 juillet, 2024