La grève à la LCBO touche une douzaine de travailleurs locaux

Christian Gammon-Roy

IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest

Les travailleurs locaux de la Régie des alcools de l’Ontario (LCBO) se sont joints à leurs homologues à travers la province pour faire grève, brandissant des pancartes devant le magasin de Sturgeon Falls, à l'angle des rues Front et Holditch, depuis le 5 juillet. Le personnel syndiqué de la LCBO est en grève principalement pour contrer le plan du gouvernement de Doug Ford à autoriser la vente de cocktails prêts à boire ainsi que de bière et de vin dans les dépanneurs, les stations-service, les épiceries et d'autres points de vente. Selon Judy Jones, présidente de la section locale 682 du Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario (SEFPO), au moins une douzaine de résidents de Nipissing Ouest travaillant dans les magasins de Sturgeon Falls et de Verner sont touchés par la grève, et d'autres travaillent dans les magasins de North Bay.

Une nouvelle série de négociations a débuté le mercredi 17 juillet, la première depuis le début de la grève, mais l’impasse persiste. Quelques jours avant, le premier ministre Ford avait commenté la situation des travailleurs qui luttent pour joindre les deux bouts tout en faisant grève. «Cela me brise le cœur quand je parle à ces gens. Il est très difficile de payer les factures et ils veulent simplement retourner au travail,» a-t-il déclaré au journal Toronto Star. Toutefois, interrogé sur le moral et la détermination des piquets de grève locaux, Mme Jones affirme qu'ils sont déterminés à rester en grève jusqu’à ce que le gouvernement capitule.

«L'énergie reste forte et les gens savent pourquoi ils se battent. La majorité des travailleurs de la région sont des travailleurs occasionnels, et nous nous battons pour que les travailleurs occasionnels obtiennent un emploi permanent à temps partiel. Ils n’ont même pas d’heures garanties et ne bénéficient pas des mêmes avantages [que les permanents]. Ils font le même travail, mais ne bénéficient pas des mêmes avantages,» déplore Mme Jones, qui s’est exprimée depuis un piquet de grève. Elle connaît bien leur réalité, ajoute-t-elle, ayant elle-même passé 17 ans de sa carrière à la LCBO en tant qu'employée occasionnelle.

Certains peuvent estimer que les emplois des travailleurs de la LCBO ne les concernent pas, mais Mme Jones affirme que le maintien d'emplois stables a un impact économique important sur les petites communautés. «Si nous n'avons pas de bons emplois dans les petites communautés, qui achètera des maisons et des véhicules, qui mangera dans les restaurants et tout ce qui contribue à la vie de la communauté,» demande-t-elle, insistant sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un combat strictement personnel. «J'ai onze petits-enfants et je veux qu'il y ait encore de bons emplois lorsqu'ils grandiront. Je suis prête à prendre ma retraite dans les prochaines années, alors je ne me bats pas seulement pour moi, je me bats pour l'avenir de la province,» dit-elle.

Le syndicat insiste aussi pour rappeler que la LCBO est rentable, et que les profits sont réinvestis dans les services aux contribuables plutôt que dans les comptes de banque de compagnies privées. Selon le SEFPO, la décision du gouvernement provincial de mettre fin au monopole de la LCBO sur la vente d'alcool, en particulier sur la vente de boissons prêtes à boire très rentables, entraînera une perte de revenus pour les caisses de l'Ontario. «Nous rapportons 2,5 milliards de dollars à la province de l'Ontario pour les soins de santé, l'éducation, l'infrastructure, etc. Pourquoi voudrions-nous nous en priver,» s'interroge Mme Jones. Selon elle, ce message trouve un écho auprès des Ontariens.

Toutefois, Doug Ford dit qu’il ne dérogera pas à son plan. «S'ils veulent négocier sur [les boissons prêtes à boire], ce n’est pas la peine. Je vais le répéter : cette décision est finale,» a déclaré M. Ford à la CBC le sixième jour de la grève.

Mme Jones et le syndicat refusent cette attitude catégorique. «Ils pourraient revenir sur leur décision,» dit-elle, suggérant que la LCBO pourrait maintenir son monopole sur les boissons prêtes à boire, comme les panachés de vodka ou de gin. Les boissons à base de malt, comme la bière, ne sont pas l'apanage de la LCBO, et Mme Jones pense qu'elles pourraient être vendues dans d'autres magasins sans nuire aux bénéfices de la société publique. «Si c’est un accès plus facile qu’ils veulent, nous pouvons ouvrir nos magasins plus tôt, nous pouvons les garder ouverts plus tard. Nous pouvons travailler sur cela,» propose-t-elle, suggérant que les travailleurs de la LCBO sont prêts à collaborer avec le gouvernement pour trouver des solutions.

Toutefois, comme de nombreux consommateurs doivent déjà se rendre à l'épicerie ou vivent à proximité d'un dépanneur, le fait même de devoir se rendre dans un magasin de la LCBO est un inconvénient selon certains. Mme Jones répond à cet argument qu’elle entend de temps à autre. «Les gens le font depuis des années,» dit-elle. Mais surtout, elle pense que le fait même de vouloir rendre l’accès plus facile est une erreur.

«Avons-nous vraiment besoin que l'accès à l'alcool soit aussi facile? Nous avons déjà d'autres problèmes sur lesquels il faudrait se pencher. Pourquoi ne pas faciliter l'accès aux urgences? Pourquoi ne pas faciliter l'accès à un médecin,» critique-t-elle, soulignant une fois de plus que l'affaiblissement de la LCBO pourrait aussi affaiblir ces services. Elle se demande pourquoi le gouvernement voudrait sacrifier l'argent qui devrait normalement servir à améliorer les soins de santé au profit d’entreprises privées, dont certaines enregistrent déjà des bénéfices records. «Nous remplissons les poches de tous les copains de Doug Ford,» estime-t-elle.

La section locale 682 couvre une grande partie du nord de l'Ontario et, comme le mentionne Mme Jones, bon nombre des magasins de cette section sont de petits magasins tenus principalement par des travailleurs occasionnels. «Une fois qu'on aura perdu les boissons prêtes à boire, qui représentent un bon pourcentage de nos profits, on perdra les travailleurs occasionnels,» prédit-elle, soulignant que ces petits magasins seront les premiers à fermer si la LCBO doit faire des coupures. Selon Doug Ford, son gouvernement a «offert des avantages sociaux, nous avons offert une augmentation de salaire (de sept pour cent)» sur trois ans, à la table de négociation. Cependant, Mme Jones souligne que rien de tout cela n'aura d'importance à long terme si ces emplois finissent par disparaître.

 

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Photo :

Les travailleurs syndiqués des magasins LCBO (Régie des alcools de l’Ontario) font grève depuis le 5 juillet. Ceux des magasins de Sturgeon Falls et Verner font le piquet à l’angle des rues Front et Holditch, manifestant leur opposition aux plans du gouvernement Ford quant à la vente de panachés et autres boissons dans les entreprises privées.

Crédit photo : Adrien Gammon-Dubois

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  • Date de création 19 juillet, 2024
  • Dernière mise à jour 19 juillet, 2024
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