«Mieux vaut tard que jamais» pour rappeler Ford à l’ordre sur les publicités bilingues

Quatre ans se sont écoulés depuis le début de la pandémie de COVID-19, et durant cette période, le gouvernement Ford a enfreint la Loi en affichant des publicités de santé publique majoritairement en anglais. Le chien de garde francophone de la province a tiré ces conclusions, dans un rapport publié vendredi, mais des Franco-Ontariens se demandent pourquoi son bureau a tant langui pour faire ce rappel à l’ordre.

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Émilie Gougeon-Pelletier

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

Le commissaire aux services en français de l’Ontario, Carl Bouchard, exhorte le gouvernement de Doug Ford à respecter la Loi, dans un nouveau rapport d’enquête publié vendredi.

Parmi les 17 campagnes publicitaires lancées au nom du ministère de la Santé entre le 1er avril 2020 et le 31 mars 2023, «une période pendant laquelle de nombreux messages concernaient la pandémie de COVID-19», seules trois comportaient du français, souligne l’Unité des services en français du Bureau de l’Ombudsman, menée par M. Bouchard.

Ainsi, la plupart des messages dans les espaces publics «concernant des questions de la plus haute importance pour la population ontarienne» n’étaient propagés qu’en anglais, «laissant les francophones sans l’information cruciale dont ils avaient besoin pour leur santé», a écrit le commissaire.

«Passé date»?

Or, si ces messages étaient si cruciaux, pourquoi l’Unité des services en français a-t-elle attendu jusqu’à l’été 2024 pour informer le gouvernement provincial de ses failles?

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, est parmi ceux qui se sont posé la question.

«C’est clair que s’il y avait pu avoir des changements pendant la pandémie, ou du moins même vers la fin, ça aurait été intéressant pour la communauté francophone, ça aurait été mieux.»

—  Fabien Hébert

Le député du NPD ontarien Guy Bourgouin, porte-parole de son parti en matière de francophonie, pense que les informations contenues dans le rapport du commissaire étaient «passé date».

«C’est bien beau, ce rapport-là, et oui, le problème existe encore, mais il est un peu en retard», soutient le député.

Les parlementaires comme Guy Bourgouin sont les mieux placés pour poser ces questions au commissaire, note la professeure titulaire à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier.

«En comité parlementaire, ils peuvent lui poser ces questions-là. Moi aussi, je trouve ça anormal que ça ait pris autant de temps pour une telle enquête», juge la politologue.

Initiative personnelle

En entrevue avec Le Droit, Carl Bouchard répond que cette enquête a été lancée de son propre chef.

Peu après son arrivée à la tête de l’Unité des services en français, il a décidé de faire enquête après avoir constaté un nombre croissant de publicités gouvernementales affichées uniquement en anglais, à l’extérieur.

Cela comprend les publicités sur les panneaux d’affichage sur les autoroutes ou dans les transports en commun, par exemple.

«Il y avait une campagne en particulier, The future is electric. On la voyait partout, et là, ça m’a interpellé, et je me suis dit: “Qu’est-ce qui en est de l’information émanant du gouvernement et qui est nécessaire pour les gens?“», se souvient le commissaire.

Il affirme avoir fait «un retour en arrière», «parce que le passé est garant de l’avenir», pour voir si le gouvernement Ford avait suivi la Loi sur les Services en français à ce moment-là.

Visiblement, ce n’était pas le cas, affirme-t-il.

Il rappelle que dans le rapport annuel de de 2021-22 de sa prédécesseure Kelly Burke, de nombreuses lacunes avaient été identifiées concernant la communication d’informations sur la santé publique en français, comme les points de presse en anglais seulement, et des campagnes de vaccination où les francophones n’étaient pas servis dans leur langue.

«Donc on a passé beaucoup de temps à résoudre énormément d’enjeux qui devaient être résolus à ce moment-là spécifiquement», avance-t-il.

Carl Bouchard ne pense pas que l’Unité des services en français avait «fait suffisamment le tour de la question» des communications en français, et qu’avec «un rapport comme celui qu’il a dévoilé vendredi, le gouvernement «voit clairement les responsabilités qui s’appliquent quand il communique».

«Mieux vaut tard que jamais», remarque le directeur général du Centre de santé communautaire de l’Estrie (CSCE), Marc Bisson.

Dans cet organisme de santé publique de l’Est ontarien, la communauté franco-ontarienne a besoin de ce matériel informatif en français, dit-il, ajoutant que la pandémie de COVID-19 ne sera pas la dernière crise sanitaire que connaîtra l’humanité.

«Je comprends pourquoi la question se pose, mais en même temps, ce travail du commissaire, c’était nécessaire, et c’est un bon rappel pour les prochaines pandémies», soutient Marc Bisson.

Les recommandations

Carl Bouchard déplore dans son rapport qu’à «aucun moment du processus d’élaboration de la campagne publicitaire, les obligations liées à la Loi sur les services en français (et la manière de les respecter) n’ont été prises en compte».

Il mentionne que «très peu de personnes ayant participé à l’élaboration des campagnes étaient même au courant de ces obligations».

Tant s’en faut, le Bureau du Conseil des ministres «suit une “règle non écrite“ selon laquelle 5 % du budget de chaque campagne publicitaire doit être consacré à des publicités en français», a-t-il indiqué.

Le commissaire a formulé sept recommandations, et le gouvernement ontarien en a accepté cinq.

Néanmoins, les deux principales recommandations – rendre bilingue toute la publicité extérieure du gouvernement et mettre à jour les Lignes directrices en conséquence – sont toujours «en cours d’examen» par le Bureau du Conseil des ministres, le ministère de la Santé et le ministère des Affaires francophones.

Selon Carl Bouchard, ces recommandations «doivent être acceptées, au complet».

«Les publicités que l’on retrouve sur des panneaux d’affichage s’inscrivent toujours dans le cadre d’une campagne de sensibilisation élargie, articulée simultanément en anglais et en français», a indiqué une porte-parole de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

«Un panneau d’affichage n’est jamais un élément isolé. Les campagnes d’annonces payées sont rendues accessibles dans les deux langues et ont pour objectif de correspondre aux besoins des publics francophones.»

Le ministère des Affaires francophones assure que dans des situations de crise, les messages au public ont été conçus dans plus de 20 langues, en plus de l’anglais et du français.

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Photos 

  • Le commissaire aux services en français de l'Ontario, Carl Bouchard, a publié un rapport d'enquête, vendredi, portant sur les publicités extérieures du gouvernement provincial. ( Émilie Gougeon-Pelletier/Archives Le Droit)
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  • Date de création 12 juillet, 2024
  • Dernière mise à jour 12 juillet, 2024
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