Musées militaires en Alberta, un devoir de mémoire fragile
Entre le conflit israélo-palestinien, la guerre en Ukraine, celle au Soudan ou au Yémen, le monde paraît plus fracturé que jamais. Dans ce contexte, et face à des distractions toujours plus envahissantes, les musées militaires endossent le rôle crucial de gardiens de la mémoire. De Cold Lake à Edmonton, ces bastions du passé préservent l’histoire sur leurs murs et nous empêchent de commettre le pire des crimes : l’oubli.
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Gabrielle Audet-Michaud
IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO
«Pour avancer, nous devons comprendre notre passé», explique d’entrée de jeu Wanda Stacey, conservatrice du Musée de l’armée de l’air de Cold Lake, une ville située dans le centre-est de l’Alberta, à quelques kilomètres de la frontière de la Saskatchewan. Vétérans, amoureux de l’aviation, membres du public et groupes scolaires ont l’habitude de faire halte ici pour observer le petit aéroparc et la collection qui met en lumière la 4e Escadre.
«Notre musée est une ancienne station radar utilisée pendant la Guerre froide par le 42e Escadron qui a été transformée dans les années 1990. C’est assez rare», décrit la conservatrice qui souligne aussi le bilinguisme d’un grand nombre de panneaux d’information.
Rendre cette période accessible à la jeune génération représente un assez gros défi, souligne-t-elle. Malgré les efforts soutenus du musée pour offrir une perspective complète sur la division Est-Ouest, de nombreux jeunes n’ont jamais entendu parler de la Guerre froide ni de l’Union soviétique. «Quand je leur pose des questions, parfois, c’est très silencieux. Évidemment, cela dépend des groupes et de l’âge», souligne-t-elle.
Il faut dire que ce conflit, caractérisé par une absence de confrontations militaires directes, demeure largement méconnu et mal compris. «Ce ne sont même pas tous les adultes qui en connaissent les détails et aboutissements», précise Wanda Stacey.
Dans ce contexte, le musée assume encore plus ouvertement son rôle d’éducation et de formation, une responsabilité qu’il prend très au sérieux. «Nous avons justement organisé des portes ouvertes le 6 avril dernier, au cours desquelles nous avons invité des experts pour répondre aux questions du public. C’est vraiment important pour nous d’être accessibles», mentionne la conservatrice du musée.
Quand le présent parle au passé
Richard Dumas, vice-président du Loyal Edmonton Regiment Military Museum et vétéran avec quarante ans de service, notamment au sein du régiment du même nom, estime, lui aussi, que les Albertains et les Canadiens sont très peu informés sur leur histoire militaire. «Je pense que le public doit faire plus d’efforts pour rester informé», explique-t-il.
Une visite au musée pendant l’été peut être une bonne entrée en matière pour se sensibiliser à un monde que l’on ne connaît pas, précise-t-il. «Je pense que les musées militaires sont d’autant plus importants ces jours-ci, car ils parlent aussi du présent. On peut facilement faire des liens.»
Au-delà de la question strictement éducative, le Loyal Edmonton Regiment Military Museum permet à ses visiteurs de profiter d’un moment de réflexion nécessaire sur ceux qui sont tombés au combat afin d’honorer leur mémoire et leur bravoure. Dans un monde «rempli de distractions», où la «vie des pop stars fait les manchettes la plupart du temps», cette incursion de quelques heures semble autant nécessaire que réparatrice.
«Quand on s’engage au niveau militaire, le but, c’est d’en arriver à une solution diplomatique. Pour cela, les soldats devront souvent mettre les besoins des autres avant les leurs. C’est vraiment une démonstration unique de dévotion et ça devrait faire réfléchir les jeunes et les plus vieux», analyse le vétéran.
Les musées militaires agissent également comme de véritables chiens de garde pour s’assurer que des leçons soient tirées du passé et que les erreurs qui ont coûté la vie à ceux qui se «sont sacrifiés» ne soient pas répétées. Dans cette optique, le Loyal Edmonton Regiment Military Museum développe actuellement un programme qui permettrait aux vétérans de travailler sur un projet d’écriture et de mémoire afin de recenser leurs histoires et s’assurer qu’elles ne soient pas oubliées.
«Ça pourrait être un processus très thérapeutique aussi», conclut-il, rappelant que le retrait des troupes d'Afghanistan et le retour des talibans au pouvoir ont laissé un goût amer à de nombreux combattants, remettant en question leur travail. «Dans ce temps-là, on se questionne toujours sur la raison de nos sacrifices. Écrire notre patriotisme, ça peut aider», ajoute-t-il.
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- Date de création 13 juillet, 2024
- Dernière mise à jour 10 juillet, 2024