Université d’Ottawa: colère contre l’abolition du centre de bilinguisme

Le Droit - À la grande surprise des étudiants francophones et francophiles de l’Université d’Ottawa (Ud’O), le centre du bilinguisme, géré par le syndicat étudiant (SEUO), n’existe plus.

Chantallya Louis - IJL-Réseau.Presse - Le Droit

Le centre du bilinguisme offrait, jusqu’à vendredi dernier, plusieurs services de traductions aux clubs et aux organismes étudiants; des cours de français et d’anglais et des ateliers de conversation dans les deux langues pour des étudiants qui veulent perfectionner leur seconde langue officielle.

«Oui, le centre du bilinguisme est là pour le bilinguisme, mais si on est honnête, le français est une langue minoritaire sur le campus. Donc la plus grande fonction du centre du bilinguisme était la défense de la francophonie», soutient la coordonnatrice Mariama Seck, qui, en raison des compressions, n’occupera plus ce poste.

Pour Mariama Seck, le Syndicat a donc un rôle important à jouer pour représenter la clientèle francophone de l’Ud’O.

«Le syndicat est censé être quelque chose par les étudiants et pour les étudiants.»

—  Mariama Seck

Même son de cloche chez la communauté étudiante francophone.

«Moi, j’ai été vraiment déçue. Je viens moi-même de l’Atlantique canadien et une des raisons pourquoi je suis venue à l’Université d’Ottawa, c’est pour sa capacité de supporter le bilinguisme», lance l’étudiante Julianne Leblanc en entrevue avec Le Droit.

La langue française est-elle donc secondaire?

«Ça donne le ton que pour le syndicat étudiant, dès qu’il y a un problème de budget, la francophonie est la première à sauter», se désole Mariama Seck.

Plusieurs étudiants francophones comme Julianne Leblanc et Nicolas Michaud sont aussi du même avis. Ils ne peuvent s’empêcher de croire que le fait français n’est pas une priorité au sein du syndicat qui représente tous les étudiants de l’Université.

D’ailleurs, Julianne Leblanc, qui a participé aux tables de négociation du conseil d’administration du SEUO, s’est sentie «comme si [on] parlait à un mur et comme si les élèves ainsi que les membres francophones du conseil n’étaient ni écoutés, ni compris», lance-t-elle.

Nicolas Michaud, qui a siégé au conseil d’administration du SEUO il y a deux ans, témoigne pour sa part un manque de représentativité au conseil d’administration.

«Il y a plusieurs membres qui ne parlent pas français du tout, dit-il fermement. Certains même qui ont démontré une hostilité par rapport aux faits français de l’Université d’Ottawa [certains] nous ont dit : “si vous êtes choqués, pourquoi que vous n’avez pas proposé d’alternatives” », raconte Nicolas Michaud, alors qu’il dit n’avoir pas été mis au courant seulement une semaine avant de la décision de fermer le centre, tout comme sa coordonnatrice.

Le SEUO se défend

La présidente du syndicat, Delphine Robitaille, s’explique : c’est une décision qui a été prise «de manière très réfléchie et à travers différentes consultations formelles et informelles sur les réseaux sociaux», soutient-elle.

Selon Delphine Robitaille, seulement une poignée du 30 % des étudiants francophones utilisait les services du centre du bilinguisme.

«Avec la vision de faire rayonner la francophonie, le bilinguisme sur le campus, on a réalisé que c’était de l’argent qui n’était pas investi de la manière la plus efficace ou il pourrait avoir le plus d’impact», se défend Delphine Robitaille.

Dans cette optique, le SEUO a donc décidé de créer un budget de 30 000 $, qui sera géré par le commissaire aux affaires francophones et le comité aux affaires francophones, afin de soutenir les initiatives liées à la francophonie et au bilinguisme au sein de l’établissement.

«Ce qu’on réalise c’est que évidemment les 30 % de francophones de l’Université d’Ottawa dont je fais partie, utilisent les autres services, s’engagent dans des gouvernements étudiants, avec les clubs, etc., dit-elle. Il n’y avait pas du tout assez d’attention qui était donnée en fait à ces secteurs-là».

Toutefois, cette nouvelle formule inquiète les étudiants.

«Est-ce que les étudiants auront [à l’avenir] vraiment un endroit où ils pourront se vivre leur francophonie?»

—  Mariama Seck

Bien que tous admettent que le centre du bilinguisme présentait plusieurs lacunes, les étudiants Julianne Leblanc et Nicolas Michaud soutiennent qu’il y avait d’autres alternatives avant de couper ce service.

«Je suis d’accord avec l’idée que le centre du bilinguisme n’était pas efficace à sa pleine capacité, mais je trouve que dans des situations où il y a un service qui n’est pas efficace, le couper ne serait pas la solution», avance Juliane Leblanc.

Selon l’étudiante, le syndicat aurait dû avouer qu’il a laissé de côté la francophonie et l’importance de cette langue à l’Université d’Ottawa.

La nouvelle commissaire aux langues officielles a été élue tout récemment à l’Ud’O. Pour Julianne Leblanc, «c’est comme lui enlever la chance de prouver [qu’elle peut] changer en mieux ce centre».

L’Université d’Ottawa a aussi été contactée à ce sujet, mais sans réponse.

En plus des multiples postes à l’interne abolis en raison des compressions budgétaires, le SEUO a mis fin au Centre d’aide par les pairs, le Centre de raccompagnement et le Centre multifoi.

Photo :

Ud'O_Le Droit_Archives : Le centre du bilinguisme offrait, jusqu’à vendredi dernier, plusieurs services de traductions aux clubs et aux organismes étudiants, des cours de français et d’anglais et des ateliers de conversation dans les deux langues pour des étudiants qui veulent perfectionner leur seconde langue officielle. (Archives Le Droit)

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  • Date de création 4 juillet, 2024
  • Dernière mise à jour 4 juillet, 2024
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