Rêver vert, Rêver mieux

L'entreprise Green Head Growers a, après deux ans d’exploitation et fort de son expérience et de ses réussites, fait la preuve de sa viabilité dans la péninsule de Port-au-Port.

Jocelyne Rochon
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur

Au Boutte du Cap, là où la mer vient s’échouer contre le littoral, où le vent s’engouffre pour sculpter les arbres et le paysage, il est encore permis de rêver. Ce n'est pas la terre aride et rocailleuse de La Grand'Terre dans la péninsule de Port-au-Port, son sol peu fertile ni sa météo capricieuse qui réussirait à décourager deux jeunes originaires de la région. Peu s'en faut, ces entrepreneurs visionnaires, ne sont pas que des rêveurs et n’ont pas hésité à mettre l’épaule à la roue pour créer de toute pièce leur entreprise de culture de pousses et de laitues en serre: le Green Head Growers.

Dawson Greene, un jeune entrepreneur de 22 ans, fraîchement diplômé du campus Grenfell de l’Université Memorial en administration des affaires, et son oncle Timothy Collier, 35 ans, médecin de famille à Gander, partagent depuis longtemps un intérêt pour la culture maraîchère. C’est en jardinant et en cultivant leur propre potager qu’a germé l’idée de s’associer pour créer une entreprise de culture hydroponique à La Grand’Terre. Le projet a démarré en 2020 avec la construction d’une première serre.

Sueur et labeur

L’investissement de départ de 150 000$ n’a pas bénéficié d’aide au démarrage. Le duo devait d’abord faire ses preuves et démontrer le sérieux et la viabilité de leur entreprise pour l’obtention d’aide au développement et de subventions gouvernementales. En dépit de leur mise de fonds, ils durent faire des compromis pour la construction de la serre, tant au niveau des matériaux, que de la main-d’œuvre qu’ils ont eux-mêmes assumée, n’épargnant pas leur sueur et leur labeur.

Protégée par un maigre paravent forestier de tuckamore, [arbustaie dense composée de sapin baumier], la serre est montée sur un squelette en bois, moins pérenne que les structures métalliques d’usage commun, mais plus économique et elle repose à même le sol, sans recouvrement de béton. Une grande partie du budget a été consacré à l’installation des circuits d'irrigation propres à la culture hydroponique, aux installations lumineuses et de chauffage. La source d’énergie principale reste l’électricité qu’ils doivent acheter, principalement pour la luminosité, le chauffage étant assuré par une immense chaudière au bois, un combustible économique et facilement accessible dans cette région.

Les plateaux de culture montés, ils deviennent opérationnels deux ans plus tard, en 2022, et prêts pour les premiers semis! Depuis les débuts, ils ont déjà dû changer six fois le recouvrement de plastique, la rigueur du climat et le dieu Éole ne leur faisant pas de quartier.

Leur culture biologique se veut sans pesticides ni intrants chimiques, ce qui les oblige à fermer la serre quelques semaines par année pour la gestion parasitaire, rendue plus complexe sur une surface de terre.

Ce moment d’arrêt leur permet de nettoyer tous les appareillages et les circuits et d’éliminer les indésirables comme les pucerons. Ils réussissent malgré ces contraintes à produire des légumes biologiques de qualité et à participer à la souveraineté alimentaire de Terre-Neuve-et-Labrador. Car malgré des coûts de production élevés, ils les estiment inférieurs à ceux relatifs aux importations.

Pour atteindre leurs objectifs et se concentrer sur leur production maraîchère, Dawson explique qu’ils ont privilégié le modèle d’affaires des pêcheries (il est lui-même pêcheur de homards, 10 semaines par année dans l’entreprise familiale de son père et de son cousin.). Ils ne font donc pas de vente directe. Ils font la mise en sachet de leurs pousses et laitues sur place et ils transigent avec un distributeur, le Western Wholesale, pour assurer l’approvisionnement de leurs produits de St. John’s à Corner Brook, en passant par Stephenville.

Le vent dans les voiles

Green Head Growers aspire à occuper une part de marché de plus en plus importante sur l’île de Terre-Neuve. Que ce soit par la diversification de leur production avec des fraises ou tomates, ou leur capacité de couvrir tout le territoire du vieux Rocher. Ils rêvent et travaillent fort pour devenir le plus gros fournisseur de légumes frais de la province. Dans cette optique, ils ont déjà amorcé la construction de nouvelles serres qui devraient être fonctionnelles d’ici quelques mois.

Ces dernières bénéficient d’une aide gouvernementale fédérale couvrant jusqu’à 75% des frais de construction. Elles ne souffriront donc pas des compromis qu’ils avaient dû faire à leur début. Ces nouvelles serres auront des structures métalliques plus pérennes et un recouvrement de béton, facilitant le nettoyage et le contrôle parasitaire. Leur récolte actuelle de 1000 laitues par semaine verra alors son nombre plus que doubler.

Si le produit, du semis à maturité, prend entre huit à neuf semaines pour être mis en marché, nos deux comparses comptent atteindre la rentabilité de leur entreprise d’ici quatre à six ans avec la création de trois ou quatre emplois dans une région qui en a grandement besoin.

Du rêve à la réalité, il n’aura pas fallu grand-chose pour que ces deux jeunes visionnaires se mettent en mouvement. Car pour eux, plus qu’un investissement, leur projet est vu comme un service public et c’est avec fierté et enthousiasme qu’ils participent à l’autonomie alimentaire de Terre Neuve, et ce, depuis leur coin de pays, à La Grand’Terre, là où le vent sculpte les paysages et où la mer vient s’échouer, là où il est encore permis de rêver.

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Photo: Jocelyne Rochon

Caption: Dawson Green est un jeune Franco-Terre-Neuvien de 22 ans et un des propriétaires de l'entreprise Green Head Growers.

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  • Date de création 18 juin, 2024
  • Dernière mise à jour 18 juin, 2024
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