Hissez les voiles! Rhum et gin à l’horizon!

Créée il y a à peine deux ans par Stéphane Bry, la distillerie Le Goéland de Saint-Pierre-et-Miquelon concocte gin, rhum, vodka et cocktails prêts à boire à partir de produits issus du terroir de l’archipel français. La tentation est évidemment grande d’enjamber les quelques encablures séparant la province de l’archipel et d’aller faire goûter ces divins produits. Mais entre le désir et la réalité, il y a parfois presque un océan...

André Magny
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur

Tout a commencé il y a quatre ans. Le fondateur du Goéland Stéphane Bry, ancien journaliste notamment au Gaboteur, se reconvertit en maraîcher. Il démarre Ligne Verte, une ferme hydroponique. Elle deviendra, en fait, la société qui gère également la distillerie.  «On a donc des légumes frais, des aromates. On a une partie conserverie et on cultive également des champignons.»

L’idée de la distillerie est venue quelque temps après, dans un souci de développement et de mise en valeur de certains produits de la ferme. Par la suite, s’est également greffée l’idée d’utiliser des produits du terroir dans la fabrication de boissons alcooliques. C’est ainsi que la canneberge ou la chicoutai, qui se retrouvent sur l’île, sont macérées et utilisées dans la préparation de certains cocktails prêts à boire ou à diluer. Jusqu’à maintenant, le catalogue de la seule distillerie actuellement en activité à Saint-Pierre compte une bonne douzaine de produits, dont du rhum blanc et ambré, de la vodka et du gin boréal distillé avec des bourgeons de sapin et des feuilles de thé du Labrador locales.

s.titre: Traverser l’autre côté

Si les bouteilles du Goéland se retrouvent déjà dans l’Hexagone, les quelque 20 km séparant Terre-Neuve-et-Labrador et Saint-Pierre-et-Miquelon sont un peu plus ardus à traverser que les 6000 km vers la France.

Selon monsieur Bry, il en est à la première des quatre étapes avant d’espérer faire déguster ses produits aux voisins canadiens. Si on commence par tâter l’intérêt des gens d’en face, il faudra par la suite, entre autres, trouver un négociant et réaliser un tas de tests pour satisfaire la réglementation. Est-ce plus compliqué d’exporter des boissons alcooliques en France qu’au Canada? Stéphane Bry dira que c’est différent. «En France, on peut avoir plusieurs clients, mais à Terre-Neuve-et-Labrador, on en a qu’un seul, la Commission des liqueurs de Terre-Neuve», connue en anglais sous le nom de la Newfoundland and Labrador Liquor Corporation.

 

Dans son parcours du combattant, il aura de l’aide de la Chambre d’Agriculture, de Commerce, d’Industrie, de Métiers et de l’Artisanat de Saint-Pierre-et-Miquelon (CACIMA). Cette chambre de commerce, relais de l’organisme Business France, représente quelque 550 entreprises immatriculées sur l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Selon son site «elle a pour mission de sauvegarder les intérêts professionnels et économiques de ses ressortissants, de contribuer à améliorer l’environnement économique des entreprises et favoriser le développement de la collectivité territoriale.»

Concrètement, comme l’explique sa directrice, Janick Cormier, la CACIMA est là notamment «pour accompagner les entreprises sur le volet import/export; qu’il s’agisse d’aider à rechercher des fournisseurs, partager des savoir-faire et participer à des salons professionnels.»

s.titre: Galérer avant de déguster

Madame Cormier reconnaît que «les complexités administratives» ne favorisent pas toujours les très petites sociétés, qui sont en majorité à Saint-Pierre-et-Miquelon. Sa collègue, Marion Ughetto, conseillère auprès des entreprises et responsable du dossier import-export au sein de la CACIMA, confie que pour ce qui est de l’agro-alimentaire, «c’est compliqué», car il faut répondre aux exigences de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). «C’est tout un tas de réglementations qui s’imbriquent. Il faut tout faire dans l’ordre. En fonction de ce qu’on vend et de ce qu’on produit, les démarches sont différentes.»

Et ce qui complique les choses, c’est que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, Saint-Pierre-et-Miquelon n’est pas considéré comme partie de l’Union européen. On touche ici à la différence entre les départements d’outre-mer et les territoires d’outre-mer (les DOM-TOM). Une entreprise agroalimentaire souhaitant exporter au Canada devra d’abord obtenir un agrément européen et ensuite demander l’agrément auprès de l’ACIA.

S’il est possible pour une petite entreprise saint-pierraise de participer à un salon de l’alimentation ou à un salon artisanal à Terre-Neuve-et-Labrador, il ne sera pas possible d’y vendre directement sa marchandise. «En fait, en fonction des produits, il y a différents types de démarches», de poursuivre madame Ughetto. Prenons le cas des fromages: selon le type de fromage et de sa composition, il y a différents règlements. Aussi pire que dans Les 12 travaux d’Astérix!

Peter Wilkins, copropriétaire de la Newfoundland Distillery Company à Clarke’s Beach, dans la région de Conception Bay, serait «heureux de vendre là-bas», et tout autant si les gens de Saint-Pierre-et-Miquelon venaient davantage lui rendre visite dans sa salle de dégustation. L’inverse est évidemment encore plus vrai. La CACIMA est bien consciente que le marché terre-neuvien est intéressant pour ses membres vivant sur un archipel peuplé de seulement 6000 habitants.

De l’espoir en vue côté terre-neuvien pour le gin du Goéland fait avec des herbes du Labrador? «Oui, c’est l’objectif, selon Janick Cormier, du groupe CAFFÉ qui œuvre pour faciliter les relations d’affaires entre les entreprises de l’archipel et de Terre-Neuve-et-Labrador.» Horizon TNL fait d’ailleurs partie de cette Coalition atlantique francophone de facilitation économique (CAFFÉ) lancée en 2022. Que les gens soient de Fortune ou de Miquelon, «nos petites communautés auraient besoin de vendre un peu plus», de conclure Marion Ughetto.

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Photo: logo de la distillerie Le Goéland - attachment_143028455

Photo: Distillerie Le Goéland (Courtoisie)

Caption: La distillerie Le Goéland a vu le jour il y a deux ans.

 

Photo: rhums de la distillerie le Goéland

Photo: Distillerie Le Goéland (Courtoisie)

Caption: La distillerie créée par Stéphane Bry produit plus d’une douzaine de produits issus du terroir dont un Boréal Dry Gin, du rhum ambré et du rhum blanc.

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  • Date de création 18 juin, 2024
  • Dernière mise à jour 18 juin, 2024
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