Une manifestation citoyenne éclate le Convention Centre
La pluie et un petit orage n'ont pas découragé la vingtaine de manifestants qui se sont rassemblés au Convention Centre de la capitale lors du congrès EnergyNL qui s'est déroulée du 4 au 6 juin dernier.
Cody Broderick
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur - ATL
Ayant quitté du beau temps de la côte ouest et du centre de l'île pour la pluie et le brouillard de la capitale, une vingtaine de personnes se sont rendus jusqu'à au centre-ville de St. John’s pour manifester pendant le congrès EnergyNL.
Leur message? Ils ne sont pas satisfaits du projet Nujio'qonik de World Energy GH2, dont l'évaluation environnementale pour les deux premières phases a été approuvée en avril dernier avec conditions. Les manifestants s’inquiètent surtout de l’impact environnemental et social dans les régions où les parcs éoliens sont proposés.
«On veut avoir une discussion avec la compagnie et avec le gouvernement», résume Martin Chiasson, conseiller municipal de Cap Saint-Georges, sous les cris de ses confrères et consœurs comparant l'échelle des éoliennes à celle de l'immeuble Cabot Place situé en face d'eux. Si l’édifice fait 49 mètres de haut, les éoliennes prévues sur la péninsule de Port-au-Port seraient quatre fois plus grandes, soit 200 mètres.
En offrant les grandes lignes des mises à jour du projet le 4 juin dernier lors du congrès, Sean Leet, président-directeur général (PDG) de World Energy GH2, affirme que dans le cadre des premières phases du projet, la compagnie envisage de construire environ 300 éoliennes sur la péninsule de Port-au-Port et dans la vallée de Codroy, ainsi qu'une usine d'hydrogène-ammoniac à Stephenville. Les phases deux et trois, qui n'ont pas encore fait l'objet d'une évaluation environnementale, verraient la construction d'environ 300 éoliennes de plus à Lewis Hills et vers Burgeo.
Premier projet à recevoir l'approbation dans toute l'industrie de la province, les éoliennes de World Energy GH2 produiraient 4 gigawatts d'électricité. Outre le projet Nujio'qonik, trois autres compagnies d'énergie éolienne se trouvent sur la table: Exploits Valley Renewable Energy Corporation à Exploits Valley, EverWind NL sur la péninsule de Burin et Toqlukuti'k Wind and Hydrogen (ABO) sur l'isthme de la péninsule d'Avalon.
Engagements envers les communautés
L'approbation des deux premières phases du projet Nujio'qonik est, en avril dernier, assortie de soixante conditions à respecter pendant toute la durée de vie du projet. Les conditions comprennent la construction des éoliennes à au moins un kilomètre des habitations, la limitation du clignotement des ombres à 30 minutes par jour et 300 heures par an, la mise en place d'un comité de liaison communautaire ainsi que la surveillance de l'eau et du bruit.
«Mais est-ce que cela va être fait?», se demande Martin Chaisson.
S'adressant aux médias après son discours au congrès, Sean Leet a affirmé que World Energy GH2 continuerait à consulter les résidents de la région. Cependant, le conseiller municipal de Cap Saint-Georges n’est pas convaincu des engagements ni de la compagnie, ni de la province.
«Ils prennent pour acquis qu’on n’est pas important, mais c’est notre communauté et c’est la région francophone de la province.»
L'entreprise a également besoin d'une centaine de permis ou de licences délivrés par les autorités municipales, provinciales et fédérales, pour poursuivre ses plans.
Une transition juste?
Avant que le PDG de World Energy GH2 n'entre sur scène au congrès, le premier ministre Andrew Furey a réaffirmé l'intérêt du gouvernement provincial pour l'exploitation du pétrole «pour les décennies à venir.» Le pétrole à Terre-Neuve-et-Labrador est «moins émetteur» qu’ailleurs, dit-il, et le projet Bay du Nord, qui a été mis en pause l’année dernière, est «nécessaire» pour l’économie.
En plus des représentants des compagnies d’énergie éolienne, y compris le PDG d'EverWind Fuels Trent Vichie, des représentants de l’industrie du pétrole ont également participé au congrès, tels que la présidente d'ExxonMobil Canada Kerry Moreland, le PDG de l'Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers Scott Tessier, le PDG d'OilCo Jim Keating et le directeur national d’Equinor Canada Tore Løseth. Ce dernier précise que le projet Bay du Nord est d'ailleurs encore en train d'affiner son modèle financier.
Parmi les autres invités et les orateurs figuraient le ministre fédéral du Travail et des Aînés Seamus O'Regan, la cheffe de la Première nation Qalipu Jenny Brake, PDG du Nunatsiavut Group of Companies Garry Best, l'économiste en chef des États-Unis et chef de l'analyse pétrolière au sein du BP, Michael Cohen, ainsi que des représentants du secteur danois de l'énergie, parmi d'autres participants. Au total, environ 700 personnes y ont participé.
Terre-Neuve-et-Labrador s'étant engagée à atteindre une consommation nette zéro d'ici 2050, il ne reste plus que deux décennies et demie pour y parvenir. Lors de la transition d'une économie basée sur le pétrole à une économie basée sur les énergies renouvelables, la province et ses parties prenantes tiendront-elles compte de ceux qui crient fort en arrière-plan, comme ceux à la manifestation?
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Photo: Kyle Dyke
Caption: Une vingtaine de personnes se sont rassemblées devant le Convention Centre le 4 juin dernier pour manifester contre les méga-projets d’énergie éolienne dans la province.
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- Date de création 18 juin, 2024
- Dernière mise à jour 18 juin, 2024