Infestation de chenilles au Nord-Ouest: jamais deux sans trois?
Pour la deuxième année consécutive, la région du Nord-Ouest a été prise d’assaut par des milliers de chenilles, au grand dam de plusieurs habitants de la région.
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Bobby Therrien
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle
Alors que la situation semble revenir à la normale après environ trois semaines de cohabitation avec ces petits insectes rampants, il reste à savoir si 2023 aura été l’apogée de cette infestation, ou simplement un prélude à une situation encore plus problématique l’année prochaine.
Le coordonnateur des espaces verts de la Ville d’Edmundston, Daniel Gautreau, souhaite évidemment que cet insecte que l’on nomme la livrée des forêts ne soit pas aussi présent en 2024 qu’il l’a été ce printemps. Il n’est toutefois pas prêt à dire que ce sera le cas.
«Il semble y en avoir eu un petit peu plus que l’année passée et ça se peut qu’il y en ait un peu plus encore l’année prochaine. Je ne sais pas à quelle étape nous sommes rendus dans leur cycle.»
«On souhaite que ce soit l’année ultime, mais il n’y a rien de garanti.»
La livrée des forêts est une espèce indigène en Amérique du Nord. La première invasion signalée remonte à l’année 1791. Depuis ce temps, la livrée des forêts s’est manifestée à intervalles réguliers au Canada.
Bien que l’on puisse passer une décennie sans réaliser qu’elles sont parmi nous, ces chenilles finissent par entreprendre un cycle d’invasion pendant quelques années à divers endroits au pays.
Selon les recherches menées par les scientifiques du Service canadien des forêts, les infestations se produisent par cycle de 10 à 12 ans et peuvent durer de trois à six ans. La fin d’une infestation est associée à l’évolution des maladies au sein de leur population.
Selon une fiche technique du gouvernement du Nouveau-Brunswick par rapport à la livrée des forêts, les deux plus récentes infestations d’envergure dans la province se sont produites de 1979 à 1984 (1,4 million d’hectares affectés) et de 1991 à 1996 (400 000 hectares affectés).
Cet insecte défoliateur s’attaque aux feuillus comme le peuplier faux-tremble, le chêne, le frêne, l’érable et le bouleau.
Selon Ressources naturelles Canada, l’appétit vorace de cet insecte et son comportement grégaire pendant la majeure partie de son développement sont des facteurs qui permettent de déceler rapidement sa présence.
Les larves dévorent entièrement les feuilles et lorsque l’arbre est complètement défolié, les chenilles se dirigent vers d’autres sources de nourriture. On aperçoit également les larves qui se tiennent en colonie sur les troncs d’arbres à l’abri des rayons du soleil.
Pour le moment, M. Gautreau voit l’infestation comme un problème plutôt esthétique qui dégoûte les gens et qui défolie les arbres. Même s’il croit que les feuillus attaqués devraient bien s’en sortir malgré tout, une exposition plus prolongée pourrait les affecter davantage.
«Mon inquiétude est que si l’infestation perdure au-delà de trois ans, on pourrait peut-être voir des arbres qui auront plus de difficulté à survivre une troisième ou une quatrième défoliation. Ça peut devenir problématique, mais pour l’instant, la situation est normale.»
Selon une analyse du Centre de foresterie des Grands lacs, les arbres défoliés à répétition peuvent être affaiblis et deviennent plus vulnérables aux facteurs de stress comme la sécheresse et les autres ravageurs forestiers. Encore selon le centre, il a été démontré que la mortalité des arbres augmente en fonction de la durée des épisodes de défoliation continue.
Dans cette optique, Daniel Gautreau demande aux gens de surveiller leurs arbres qui sont susceptibles d’attirer la livrée des forêts.
«Si on a remarqué que ça fait deux ans que l’arbre a été affecté, il faudra peut-être prendre des actions pour éviter qu’il y en ait une nouvelle l’année prochaine.»
Selon Ressources naturelles Canada, dès la fin de juin, la femelle, lorsqu’elle devient papillon, peut déposer entre 150 à 350 œufs dans la cime des arbres. L’embryon se développe au cours de la saison, mais la chenille passe l’hiver à l’intérieur de l’œuf.
M. Gautreau recommande aux gens de vérifier leurs arbres à l’automne ou au début du printemps lorsqu’il n’y a pas encore de feuilles dans ceux-ci.
«Quand on n’y porte pas attention, on ne les voit pas très bien. Si on prend le temps de regarder de près, il est possible de trouver les bagues d’œufs et de les retirer avant que les chenilles sortent. C’est sûr que ce n’est pas possible de le faire dans les grands arbres, mais il est possible de le faire dans les petits arbres autour de notre maison.»
Le coordonnateur des espaces verts privilégie aussi l’utilisation d’un insecticide biologique Bacillus thuringiensis (B.t.), vendu sous diverses marques de commerce. Il affecte seulement les chenilles et est composé d’une bactérie qui est déjà présente dans la nature. Il n’est pas nuisible pour les autres animaux ni pour les plantes et les humains.
Pour se débarrasser de ces petits envahisseurs, les gens peuvent aussi utiliser un insecticide maison (souvent un mélange d’eau, de savon à vaisselle et d’huile végétale) un jet puissant d’eau ou un aspirateur de type Shop-Vac.
Les chenilles peuvent aussi s’infiltrer dans les maisons et les bâtiments lorsqu’elles cherchent de nouvelles sources de nourriture ou un endroit pour se chrysalider. Bien que les chenilles ne soient pas attirées par les habitations, on recommande aux gens de boucher toute ouverture pour éviter une intrusion.
«On a vu que les gens avaient plus de connaissances par rapport à ce qu’ils pouvaient faire pour se débarrasser des chenilles. Les gens étaient mieux informés et outillés pour combattre ça. Il faut apprendre à vivre avec elles, car on ne peut pas les arrêter complètement», a indiqué Daniel Gautreau.
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Photo : Depuis quelques semaines, la livrée des forêts a pris le Nord-Ouest d'assaut. - Acadie Nouvelle : Bobby Therrien
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- Date de création 11 juin, 2024
- Dernière mise à jour 11 juin, 2024