Le gouvernement Ford fustigé par des survivantes d’agressions sexuelles
Des survivantes d’agressions sexuelles et l’opposition à Queen’s Park sont en rogne après que le gouvernement Ford ait décidé de renvoyer à un comité un projet de loi visant à mieux protéger les victimes, empêchant ainsi un débat en chambre._______________________
Émilie Gougeon-Pelletier
IJL – Réseau.Presse – Le Droit
Le projet de loi Lydia devait subir une deuxième lecture mardi, et une troisième, le lendemain.
En la déposant en avril, la néo-démocrate Catherine Fife avait déclaré que cette législation devait assurer la responsabilité et la transparence dans le traitement des cas d’agression sexuelle en Ontario, soulignant qu’en 2022 seulement, 1326 cas d’agression sexuelle avaient été retirés ou suspendus avant le procès.
Mais plutôt que de permettre des débats concernant le projet de loi en chambre, le leader parlementaire du gouvernement ontarien, Paul Calandra, a décidé de le renvoyer au comité permanent de la justice, mardi.
Boulversée
Selon Catherine Fife, les progressistes-conservateurs tentent de laisser languir le projet de loi Lydia en comité, pour mener éventuellement à sa mort au feuilleton.
Après avoir versé des larmes devant les journalistes mardi à sa sortie de la séance législative, celle-ci peinait toujours à cacher sa peine, mercredi matin, en conférence de presse.
La députée néo-démocrate de Waterloo, Catherine Fife. (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)
«La raison pour laquelle j’étais si bouleversée, c’est que l’on a retiré sa voix à Lydia dans le système judiciaire, et maintenant, on lui retire sa voix à l’Assemblée législative de l’Ontario, ce qui est cruel», a déploré la députée Fife.
Ce projet de loi porte le nom de Lydia puisqu’une résidente de la circonscription de Waterloo, celle que représente Catherine Fife, a contacté le bureau de sa députée locale, il y a deux ans.
«Elle tentait d’aider sa fille [Lydia] qui avait été agressée sexuellement et impliquée dans une procédure judiciaire qui durait depuis deux ans», explique la néo-démocrate.
Procureur général
Le projet de loi exigerait notamment au Procureur général de publier chaque année des rapports faisant état des progrès réalisés par son ministère quant à la mise en œuvre de deux recommandations de l’ex-vérificatrice générale de l’Ontario à ce sujet.
Il prévoit aussi que le Procureur général se penche sur l’efficacité du Programme d’intervention rapide auprès des victimes, et qu’il rapporte ses observations aux parlementaires.
Paul Calandra a défendu son gouvernement, mercredi matin, en accusant le NPD de faire «un spectacle» avec le dossier des agressions sexuelles et de la violence conjugale et qu’il «ne fait taire personne».
Le leader parlementaire affirme que le comité permanent de la justice analyse actuellement ce dossier et qu’il souhaite tout simplement intégrer les initiatives du projet de loi à l’étude qui est déjà en cours.
Pas suffisant
Mais cette réponse n’est pas suffisante, tant pour l’opposition que pour les survivantes d’agressions sexuelles.
Cait Alexander, une survivante d’agression sexuelle et de violence conjugale, exige que le gouvernement Ford permette un débat à propos du projet de loi Lydia, en chambre.
«Premier ministre Ford, ceci est votre invitation personnelle. Pas seulement en tant que premier ministre, mais en tant que père et mari. Je vous demande de vous mettre à notre place, et de vous placer du bon côté de l’Histoire», a-t-elle plaidé.
— Cait Alexander
La directrice générale du centre de soutien aux victimes d’agression sexuelle de la région de Waterloo, Sara Casselman, s’est dite «vraiment déçue» que le projet de loi n’ait pas pu faire l’objet de débats à Queen’s Park.
«Je crois que la loi Lydia prend des mesures pour reconnaître plus pleinement notre responsabilité collective dans le façonnement d’une province où les survivants ont un meilleur accès à la justice et à la guérison», a-t-elle ajouté.
Les libéraux ont ajouté leur voix à celles des survivantes et du NPD, mardi soir, en accusant le gouvernement Ford de manquer de transparence.
«Il est inadmissible que les conservateurs de Ford utilisent des tactiques procédurales pour éviter de débattre et de voter sur un projet de loi qui assurerait la transparence sur les progrès du gouvernement dans la résolution des retards dans les procès pour agressions sexuelles», a martelé la porte-parole libérale de la Condition féminine, Andrea Hazell.
-30-
Photos
- La députée néo-démocrate de Waterloo, Catherine Fife. (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)
- Nombre de fichiers 2
- Date de création 16 mai, 2024
- Dernière mise à jour 16 mai, 2024