Deux nouveaux enseignants francophones venus de loin pour l’École Boréale

L’une était enseignante au Cameroun. L’autre, enseignant en Mauritanie. Naomie Evina et Fadel Aw sont désormais à l’école Boréale de Happy Valley-Goose Bay depuis février dernier. Une offre d’enseigner au primaire pour la première et une au niveau intermédiaire pour le second leur avait été faite en juillet 2023 par le Conseil scolaire francophone provincial (CSFP). Tout allait bien. Mais des détours inattendus ont surgi.

André Magny
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur

Peu après avoir accepté la proposition du CSFP, le ministère de l’Éducation de la province a signifié aux deux enseignants que leur certification n’était pas conforme à celle demandée par le gouvernement. Avec 10 ans d’expérience comme enseignante au Cameroun, Naomie Evina trouve dommage que leur formation soit sous-évaluée.

N’est-ce pas quelque peu surprenant qu’une province anglophone mette en doute une formation reçue dans un pays francophone? «En fait, précise Monsieur Aw, ce n’est pas tant la qualité des cours que j’ai suivis qui sont remis en question, mais plutôt le nombre de cours qui sont jugés insuffisants.» Ce problème de certification entraîne évidemment des répercussions sur leur chèque de paie. «Je gagne 40% de moins que ce qui était affiché dans l’offre d’emploi», soutient madame Evina.

Du côté du CSFP, on est loin de nier les embûches. Au service des communications du conseil scolaire, on nous renvoie vers un document qui trace un portrait du recrutement d’enseignants à l’étranger. Dans ce document, Sandie Redon, la gestionnaire des ressources humaines du conseil scolaire, estime qu’il y a eu «un gros accompagnement pour ce recrutement et c’était difficile, mais pour moi, ça va dans la bonne dynamique. On voit qu’il y a du soutien partout, aussi bien du Ministère que sur les questions d’immigration provinciale.»

Est-ce pour autant la fin des soucis administratifs pour ces deux nouveaux Franco-labradoriens? Naomie Evina n’en est pas si sûre: il reste les cours à compléter pour acquérir le nombre de crédits souhaité par le gouvernement, mais son permis d’immigrante à elle et son collègue ne leur permet pas d’étudier à l’université pour l’instant. Toutefois, madame Evina tient à préciser que le CSFP a payé une agente en immigration pour le suivi des procédures afin d'obtenir la résidence permanente. Une fois chose faite, cela permettra aux deux enseignants de suivre et compléter leurs crédits et cours à l’université selon le souhait du ministère de l’Éducation de la province.

Accueil chaleureux

En dépit de tous ces obstacles, Fadel et Naomie n’ont pas du tout envie de plier bagage. Au contraire, ils remercient le conseil scolaire pour leur appui. Leur patience aura-t-elle cependant des limites? Les deux éclatent de rire. Naomie dira que les gens du CSFP font tout ce qu’ils peuvent pour les aider. «Ce n’est pas leur faute.» Comme ils n’ont pas de voiture, la directrice ou des collègues les amènent même à l’école le matin et les reconduisent chez eux le soir.

Ils ont également reçu un coup de pouce de l’Association des nouveaux canadiens, qui propose divers programmes et services pour aider les nouveaux arrivants à s’épanouir dans leur nouvelle vie.

Quant à l’accueil des enfants, si, au départ, ils croyaient que c’était «Madame Fadel» leur nouvelle enseignante (!), ils sont ravis d’avoir un homme comme maître. Pédagogiquement parlant, monsieur Aw apprécie la flexibilité qu’il a dans son enseignement. De son côté, c’est la quantité des ressources francophones qui surprend madame Evina, même en milieu minoritaire.

Quant à la discipline, les deux profs remarquent le côté plus individualisé ici. «En Mauritanie, les élèves suivent tout de suite ce que demande l’enseignant.» Alors qu’au Labrador, madame Evina constate qu’on va demander à l’élève pourquoi il pleure; l’enseignante va se questionner s’il s’agit d’un problème à la maison qui est la cause de ses chagrins. «Au Cameroun, c’est une discipline de groupe. Ici, on utilise des stratégies différentes», conclut celle qui a hâte de retrouver mari et enfants restés au pays.

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Photo: Fadel Aw et Naomie Evana

Photo: Courtoisie

Caption: Fadel Aw et Naomie Evina posent fièrement avec le drapeau de leur pays respectif, soit la Mauritanie et le Cameroun.

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  • Date de création 5 mai, 2024
  • Dernière mise à jour 19 juin, 2024
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