Un esprit créatif dans un corps d’entrepreneur

Difficile de choisir quels sujets aborder avec Éric Charlebois. Le Franco-Ontarien est poète, traducteur, entrepreneur, auparavant il était enseignant. Jeune, il ne songeait pas à l’entrepreneuriat ni à l’écriture comme moyen de subsistance. Aujourd’hui, il ne peut vivre sans l’un ou sans l’autre.

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Charles Fontaine

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

Éric Charlebois a grandi dans le monde entrepreneurial en travaillant au commerce de son père Denis Charlebois. Ce dernier était propriétaire du magasin de vêtements pour hommes Maître Charles à Hawkesbury, qui a fermé ses portes en février dernier. Le père et le fils jasaient plus souvent de mode que d’affaires, un milieu qui intimidait Éric à première vue.

Le diplômé en lettres françaises et en éducation a été enseignant au secondaire et postsecondaire pendant près d’une décennie avant de bifurquer vers la traduction, et plus tard, l’entrepreneuriat.

«En étant enseignant de mathématiques, j’apprenais les rudiments de la comptabilité, se rappelle-t-il. Je commençais à trouver ça cool les chiffres. Je discutais maintenant d’entrepreneuriat avec mon père. Je savais que l’enseignement n’allait pas être pour la vie.»

Grâce aux besoins de traductions qui se présentent autour de lui, des contrats s’enchaînent, assez pour mettre l’enseignement de côté. À la suite d’une conversation avec un ami entrepreneur, qui l’a beaucoup motivé, il fonde son entreprise, Idiome Conception Linguistique, en 2007. Il offre un service de traduction, de révision et de rédaction de textes pour ses clients. 

Sans outil de marketing, l’entreprise se fait connaître de bouche à oreille.

«Je ne pense pas que je me serais lancé en affaires sans lui, dit-il. C’était pour moi un monde insoupçonné. Pour moi, la traduction était une chose et l’entrepreneuriat en était une autre. Je ne pensais pas pouvoir combiner les deux.»

Toujours plus

Vous considérez-vous plus écrivain ou entrepreneur? «Je me sens divisé entre les deux, répond l’homme originaire de Hawkesbury. Je me sens aussi incomplet dans l’un que dans l’autre. L’entreprise était une toile de sûreté au cas où je deviendrais trop prodigue. Je lis quand même sur l’entrepreneuriat, les techniques de croissance, la valeur de l’entreprise, etc. »

«Par contre, j’écrivais dès que j’avais deux minutes, donc j’ai négligé une part entrepreneuriale.»

Les antipodes, comme l’écriture et le monde des affaires, sont nécessaires dans son quotidien.

«Les exigences entrepreneuriales font en sorte que je ne peux plus créer le temps pour l’écriture de publication, explique-t-il. Le monde social de l’entrepreneuriat et les rencontres me permettent d’avoir des idées pour écrire de manière plus spontanée, pour maintenir mon esprit créatif.»

L’entrepreneur a multiplié les collaborations et les contrats à court terme dans les dernières années, avec les municipalités et les Comtés unis de Prescott et Russell par exemple. Ce qui l’oblige à mettre son entreprise en veilleuse pendant quelque temps. Au lieu de se concentrer pleinement à la croissance de celle-ci, il a fait le pari d’agrandir son réseau.»

«Quand je me fais aborder pour un projet, je ne veux pas refuser, parce qu’on croit en moi, soutient-il. C’est comme si Idiome était une pierre angulaire et que je pouvais y contribuer. Ça confère un sérieux à l’entrepreneur. J’aurais dû demeurer les deux pieds dans Idiome pour mieux croître, mais j’ai cette inaptitude à dire non.»

Il avait l’impression de plafonner au sein de sa propre entreprise, constamment à la recherche de nouveaux défis.

Le traducteur et poète donne également des formations aux jeunes entrepreneurs au sein d’Apprends & Entreprends, une entreprise gatinoise.

Il y a tout de même 24 heures dans une journée et Éric Charlebois les utilise au maximum. Parfois, au péril de sa santé.

«Je me lève très tôt. L’organisation et le sport se font le matin. Mes journées sont toujours meublées pour approcher de la perfection. Je me suis cru invincible à tort pendant quelques années. Quand tu penses que tu as le temps en 24 h de tout accomplir, tu peux nuire à ta santé. Si tu tombes, l’entreprise risque de tomber. Ça ne devrait pas être le cas, parce que le but ultime de l’entrepreneur est que son entreprise devienne plus solide que lui. Je n’ai pas su le faire tout à fait.»

Il semble avoir accepté cette volonté de tout faire. Ce désir d’aller toujours plus loin pour se faire connaître.

Cette motivation souvent bien accueillie peut devenir drainante pour la personne qui l’alimente. En discutant, il rêve d’une phase plus artistique. Les projets créatifs manquent à celui qui a publié dix recueils de poésie, malgré que la publication d’un livre ne soit pas une priorité pour lui.

«Je m’ennuie de la scène, du son, du spectacle, énumère-t-il en pesant ses mots. Je suis un fou fini de tout ce qui rejoint la chanson. Je partirais un balado. Quand on travaille de manière sérieuse en affaires, ça fait du bien de voler pendant une demi-heure dans la journée.»

Outre les dates de tombées qui s’enchaînent, l’intelligence artificielle est une autre source d’inquiétude pour M. Charlebois. Les traductions simples sont beaucoup plus abordables de cette manière pour le nouveau client, remarque-t-il.

Mis à part les «petits bobos de vieux», la santé va bien. Sa priorité demeure son fils de six ans. Les dernières vacances datent de plusieurs années avec tous ces contrats.

Il admet que les congés devraient devenir une priorité, pour se sentir moins fatigué. D’une autre part, il se dit prêt à relever d’autres défis, de plain-pied dans l’entrepreneuriat. Cette peur de décevoir, elle, demeurera avec lui, qu’il le veuille ou non.

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Photos

Éric Charlebois de Broker Link (Simon Séguin-Bertrand/Le Droit)

  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 20 décembre, 2023
  • Dernière mise à jour 20 décembre, 2023
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