Des tournées de moins en moins rentables pour les artistes

Depuis la fin de la pandémie, partir en tournée est de plus en plus cher et compliqué pour les artistes de l’Île-du-Prince-Édouard. Si certains préfèrent se concentrer sur le marché local, la plupart veulent continuer à jouer de la musique à l’extérieur de la province. Il en va de la survie de leur métier.

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Marine Ernoult

IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

 

 

«Ça devient difficile de faire des tournées. Depuis la COVID, les festivals ont des troubles avec leurs financements et ont du mal à trouver de l’argent pour les cachets des artistes», partage Lennie Gallant qui forme le duo Sirène et Matelot avec Patricia Richard.

Lorsque les deux musiciens acadiens partent pour une série de concerts à l’extérieur de la province, tous les frais de déplacement, d’hébergement et de nourriture sur place, sont à leur charge. Seule exception, les nuits d’hôtel suivant les spectacles.

«C’est beaucoup de travail, on doit organiser toute la logistique, parfois pour plusieurs semaines, et réussir à payer les dépenses très dispendieuses», confirme Patricia Richard.

Partir en tournée coûte de plus en plus cher. Les prix des billets d’avion, des chambres d’hôtel, des restaurants ont explosé depuis la fin de la pandémie.

Cette inflation galopante contraint les artistes à des choix difficiles. «On ne peut pas se permettre de faire venir tous nos musiciens et notre technicien avec nous, c’est trop coûteux», regrette Patricia Richard.

Les États-Unis hors de prix

La situation est particulièrement problématique aux États-Unis. Pour jouer de l’autre côté de la frontière, les artistes doivent se procurer un visa de travail extrêmement cher. Ils doivent parfois débourser jusqu’à 2000 dollars et attendre jusqu’à 12 semaines pour l’obtenir.

«Les artistes s’interrogent de plus en plus sur la viabilité et la rentabilité des tournées. Ils font leur calcul et s’ils voient que ça les met dans le rouge, ils se disent “ça ne vaut pas la peine”, relève Ghislaine Cormier, directrice générale de la Fédération culturelle de l’Île-du-Prince-Édouard. Leur but, c’est quand même de gagner leur vie.»

Certains musiciens insulaires ont ainsi décidé de faire moins de tournées et de se concentrer sur le marché local, explique la responsable culturelle. La saison touristique au Village musical acadien, à Abram-Village, est un débouché pour plusieurs d’entre eux. D’autres se lancent dans l’enseignement de la musique.

«Mais il serait naïf de penser que les artistes peuvent vivre seulement de l’île, la plupart se rendent au moins dans les provinces avoisinantes», précise Ghislaine Cormier.

«On n’a pas vraiment le choix de faire des tournées pour réussir à vivre de notre métier», abonde Patricia Richard.

«Dans le passé, on pouvait compter sur la vente de disque, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous avons beaucoup moins d’argent qu’avant pour faire de la musique», poursuit-elle.

«Compétition féroce» pour les subventions

Confrontés à un manque d’argent récurrent, les artistes font des demandes de subventions à divers organismes. Le Conseil des arts du Canada, Music PEI ou encore Musicaction offrent des fonds.

«Mais la compétition est féroce pour obtenir ces financements, il y a des indicateurs de rendement très stricts», rappelle Ghislaine Cormier.

La Fédération culturelle de l’Î.-P.-É. est aussi là pour épauler les musiciens qui souhaitent monter des productions et organiser des tournées.

L’organisme accompagne actuellement Sirène et Matelot sur leur prochain projet. Le duo veut présenter son nouveau spectacle à la Folk Alliance International, à Kansas City, aux États-Unis.

Cette vitrine réunira de nombreux producteurs et diffuseurs américains et internationaux. Lennie Gallant et Patricia Richard espèrent ainsi décrocher des dates de concert l’été prochain.

«C’est important pour nous d’accéder à de nouveaux publics au Canada et à l’étranger», insiste Lennie Gallant.

Ghislaine Cormier évoque à cet égard le potentiel prometteur de nouveaux marchés en Afrique francophone et en Asie.

«Ça prend du temps, mais les tournées vont repartir en force. Les artistes ont beaucoup créé pendant la pandémie et ils ont beaucoup de nouveau matériel à partager», assure-t-elle, confiante.

 

 

 

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Photos

 

Lennie Gallant et Patricia Richard forment le duo Sirène et Matelot.  Malgré les difficultés financières, ils veulent continuer à faire des tournées.  (Photo : Gracieuseté)

 

«Les artistes s’interrogent de plus en plus sur la viabilité et la rentabilité des tournées», affirme Ghislaine Cormier, directrice générale de la Fédération culturelle de l’Île-du-Prince-Édouard.  (Photo : Jacinthe Laforest)

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  • Date de création 12 décembre, 2023
  • Dernière mise à jour 12 décembre, 2023
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