Microbrasseries: «J’observe un frein monumental à s’approvisionner localement»
Danik Lafond avait comme objectif d’alimenter les microbrasseries de sa région avec son houblon. Après de nombreuses discussions, les propriétaires des brasseries du coin lui ont donné leur appui pour qu’il entame la culture de «l’or doré». Toutes ces belles intentions de s’approvisionner localement sont toutefois tombées à l’eau.
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Charles Fontaine
IJL – Réseau.Presse – Le Droit
«Cette lune de miel qu’on vivait, c’était en fait des promesses de gars chauds», lance l’agriculteur de la Ferme Chlodowing Farm Inc – All natural Hops à Saint-Eugène, dans l’Est ontarien.
Lorsqu’il a commencé à penser à démarrer une houblonnière, il y a huit ans, il a pris le temps d’analyser le marché et de contacter les brasseurs du coin. Il sentait un enthousiasme de leur part face à son futur houblon. Il s’est même lancé dans l’agriculture biologique, y sentant un intérêt de la part des brasseurs. Le temps venu de vendre son houblon, toutefois, il s’est heurté au mutisme des brasseries. On ne lui répondait plus. On semblait tout à coup désintéressé par les ingrédients locaux, ce qui a découragé le producteur.
«Elles ont l’impression qu’on n’a pas la qualité des autres pays, rapporte-t-il. Pourtant, celles avec qui on fait affaire sont contentes de notre travail.» Il y a, dit-il, un «frein monumental», qui bloque l’approvisionnement local.
La seule microbrasserie qu’il alimente en Ontario est la London Brewing, à London. Avant la pandémie, l’Europe était son terrain de jeu de prédilection.
«Les Européens raffolent du houblon biologique et on reçoit de bons commentaires de nos produits, soutient-il. Après ça, il y a des microbrasseries qui existent depuis cinq ans qui ne veulent pas de nos produits. J’aurais pu passer la totalité de mes récoltes en Europe, mais je ne voulais pas me dissocier de mes partenaires locaux.»
Avec l’arrêt des exportations internationales en raison de la pandémie, ses ventes en Europe ont arrêté et elles n’ont pas repris depuis. M. Lafond vend plutôt ses sept variétés de houblon à de «très bons» clients au Québec.
«Les microbrasseries québécoises sont beaucoup plus engagées envers le local, remarque-t-il. En Ontario, l’intérêt est nul.»
Réaliser ce qu’on boit
M. Lafond croit qu’il serait tout à fait normal que les microbrasseries canadiennes s’approvisionnent localement.
«Mes amis belges qui produisent du houblon le vendent en Belgique», ajoute-t-il.
L’agriculteur de l’Est ontarien est irrité quand des microbrasseries s’affichent en tant qu’entreprise locale, même si leurs ingrédients ne proviennent pas du pays.
«On voit des discours des microbrasseries qui ont une approche contre les géants de l’industrie, mais la plupart du temps, elles ont la même source d’approvisionnement. J’ai l’impression que les gens vont dans les microbrasseries en pensant goûter au terroir. Le vin, c’est le terroir, pas la bière. Lorsque les gens vont réaliser qu’ils boivent juste des ingrédients d’ailleurs, ils vont changer d’avis.»
Un pensez-y-bien
Son entreprise est en mode survie, dit-il. Bien qu’il parvienne à alimenter tous ses clients, il n’a aucune sécurité financière. La culture du houblon représente un gros investissement et les revenus arrivent plus tard.
«L’argent qui est mis dans une saison n’est récolté qu’en août, explique-t-il. Le producteur doit avoir une réserve suffisante, mais en ce moment, on n’en a pas de réserve. Même si notre houblon est de qualité, on n’arrive pas à développer une nouvelle clientèle.»
Un producteur de malt de la région, Dean Bowes, est du même avis. La culture de malt, tout comme le houblon, nécessite une grande préparation. Ses premiers sacs de malt ont été distribués en 2020, après une décennie de planification.
«C’est un marché difficile à percer, parce que le capital de départ est gros et il est difficile d’entrer en relation avec les brasseurs, explique le copropriétaire de la malterie Mississippi Mills Malting, à Pakenham, à 60 km au sud-ouest d’Ottawa. De plus, si tu n’es pas fermier, tu dois entrer en contact avec des producteurs de céréales. Ça demande beaucoup de connaissances à apprendre dès le départ. Je crois que c’est pour cette raison qu’il n’y a pas davantage de malteries en province.»
Contrairement à Danik Lafond, M. Bowes entretient une clientèle fidèle en Ontario, dont quelques microbrasseries à Ottawa qui s’approvisionnent uniquement chez lui pour le malt. Il comprend tout de même que la plupart des brasseurs achètent leur malt à des distributeurs.
«C’est moins cher d’acheter de distributeurs, parce que leur volume est plus grand, souligne-t-il. On ne peut pas rivaliser avec ça.»
Les brasseurs avec qui il fait affaire lui indiquent que son produit goûte plus frais que les malts d’outre-mer. Son malt, il faut dire, n’est expédié que quelques jours après la fin du processus.
M. Bowes prévoit doubler ou même tripler sa production dans les prochaines années, vu la demande grandissante.
«Même si ça demande beaucoup de travail, il y a de la place pour d’autres malteries en Ontario, dit-il
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Photos
Natalie Chapados et Danik Lafond, propriétaires de la Ferme Chlodowing Farm Inc – All natural Hops à Saint-Eugène. (Roxanne Lormand /courtoisie)
Le couple de l'Est ontarien cultive le houblon depuis huit ans. (Roxanne Lormand /courtoisie)
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- Date de création 27 novembre, 2023
- Dernière mise à jour 27 novembre, 2023